Photo: Florence Touvron

Un compte-rendu, çà peut être très bref quand il s'agit de parler d'une épreuve où les choses se sont mal passées. A l'inverse, on peut facilement devenir bavard quand on a l'impression d'avoir participé à une épreuve incroyable. Je vais donc essayer d'élaguer un peu mon propos!

 

Pourquoi s'inscrire à L'Embrunman ?

 

Même si un peu de lassitude était le risque à encourir après avoir préparé 3 épreuves XXL en 3 ans, je n'ai pas mis longtemps à dire “banco” lorsque ce projet club est sorti du chapeau. Au delà du mythe que représente cette course dans le petit monde du triathlon, la perspective de me rendre dans cette région magnifique me motive toujours. Alors m'imaginer pédaler nager ou courir dans ce décor de cinéma, vous pensez !

 

La préparation

 

Comme je l'avais pressenti, un peu de fatigue morale n'a pas manqué de me gagner après avoir enchaîné les longues sorties en solitaire. Heureusement, quelques virées en compagnie de mes ennemis du mercredi, quelques épreuves cyclistes sous le maillot de St Renan ont permis de rompre la monotonie et de vérifier que mon niveau vélo arrivait à un stade correct. Question natation, 2015 aura été un peu l'année de la résignation où je me suis dit que je serais toujours une enclume et qu'il n'était pas nécessaire de me martyriser. Mes copines de la section « perfectionnement adulte » peuvent témoigner d'un détachement certain par rapport à la performance! L'entraînement en  course à pied, discipline où j'ai l'impression de m'améliorer encore un peu, notamment en essayant de suivre les préceptes du livre, « courir léger » conseillé par Brice a pas mal souffert d'une bonne gamelle en vélo survenue fin juin.

 

Pas facile, en effet, de courir avec une côte fêlée qui sera restée douloureuse jusqu'au jour de  l'épreuve. Le seul effet positif aura été de m'obliger à respirer du côté gauche en nageant . Du côté droit je savais déjà faire. Donc, vous avez deviné, maintenant je respire des 2 côtés et çà me fait aller plus ou moins droit ! ( Oufff... tout çà pour çà …) Objectif plus ou moins avoué avec toutes les incertitudes dues à une épreuve aussi compliquée :

-Enfourcher ma bécane au bout de 1h30

-Faire un vélo en 7h30 ce qui correspond grosso-merdo à du 25 km/h.

-Boucler le marathon en 5 h avec la transition, la vitesse du virtual-partner de ma montre Garmin étant réglée sur 9 km/ h.

Au total, si je mets 14 heures, çà sera bien.

 

Et puis surtout, à la différence des autres années, aucune pression inutile pour savoir si je peux terminer un Ironman, obtenir une qualif de « chaispas quoi » ou un tee-shirt noir…. Et bien sûr, pas du tout l'intention de souffrir autant que les autres années. L'option abandon est gardée comme très possible et je salue la décision de Stephane de « bâcher » en haut de l'Isoard alors qu'il était encore très présentable sur son vélo ( manquait la casquette Brooklyn ) et pas encore en danger. C'est aussi çà le courage.

Evidemment, je sais que la bagarre va faire rage avec mes rivaux potentiels au « classement dauphin », mais je sais aussi que ce classement n'a pas vraiment plus d'importance que le résultat du panneau du dimanche matin qui est oublié dès le lundi.

 

L'avant course

 

Bref….Ca y est on est dans les Alpes.

3 jours chez la belle-sœur à Grenoble et une superbe virée vélo au Cormet de Roselend puis un après-midi ramassage de myrtilles dans les alpages. Sympa…. Arrivée le lundi à Embrun où les dauphins déjà sur place bénissent le soleil retrouvé. La ville est parsemée de flaques d’eau, tombée la veille, mais surtout inondée de tout un barnum de pimpins affublés de tee-shirt finisher ou de bas de compression qui ne passent pas inaperçus dans une aussi petite ville. That’s life...

 

Mardi, reconnaissance de la première boucle du parcours vélo avec Fred. Marie, la locale de l’étape et son papa, François, engagés sur le Cd du jeudi, nous accompagnent en partie. La montagne est belle, la compagnie aussi et le soleil brille. Une petite recette du bonheur pour un cactus . L'après-midi, toujours en suivant les préconisations d'Arnaud dont j'avoue n'avoir suivi qu'en pointillé les plans, ( Sauf la dernière semaine où j'ai fait tout bien comme il a dit ! ) on escalade l'Isoard avec Fred. Je suis vraiment admiratif par l'abnégation qu'à eu le bonhomme pour se muter en triathlète, venant d'un sport aussi différent que le rugby. Aucun doute sur le fait qu'il aille au bout de l’épreuve lorsque je le vois arriver serein en haut du col. Chapeau…

Après, ce sont les 3 jours les plus ch… parce que l'attente….bof bof..

Heureusement, les épreuves Cd où Alain et la Protat Family brillent, ainsi que les différents “ Grand Prix” viennent un peu meubler l’emploi du temps.

 

La course

Comme d'hab, je m'endors comme une souche la veille de la course et me réveille presque frais à 03H45 avec une vraie bonne grosse envie de m'éclater. Çà ne doit pas échapper à un jeune journaliste qui m'avoue qu'il a un peu peur de gêner la concentration des concurrents alors que ma bonne tête de c...lui inspire confiance. Le Prez, voisin de parc, commence à râler «  Il va pas nous gonfler comme l’an dernier çui là ! ». Automatique, je demande au journaliste de me prendre en photo avec la veste du club et prend la pose, triomphant, pendant que notre ami Stephane, essuie négligemment les restes de vomi, que la jalousie lui a provoqué.

 

http://www.ledauphine.com/hautes-alpes/2015/08/15/revivez-l-embunman-un-triathlon-xxl

 

Pas rancunier, il remplace Patrice mon mentor pour m'amener dans les dernières places du paquet avant le grand bain.

 

Feu patate !, ca y est !, je swimme comme un dieu au milieu d'un nuages de bonnets blancs qui m'indique plus ou moins la direction à suivre. Les organisateurs ont du penser au truc parce qu'avec des bonnets noirs, j'y étais encore. Pas un coup de latte, de poing, rien ! La température est parfaite et je me retrouve presque par hasard le nez sur les bouées, le pied quoi! J'essaye de fatiguer mes bras en me disant qu'ils vont être ménagés par la suite et me concentre pour ne pas commencer à m'endormir sur un faux rythme. 1H16 et quelques secondes plus tard, je sors de l'eau très satisfait de ce chrono un peu inespéré. Le fait d'avoir fait des caps corrects explique sûrement le truc.

 

Dans le parc, Pierre est en train de se changer tandis que le Préz arrive juste derrière moi. Il a pas l'air au top et m'avoue avoir encore gerbouillé dans l'eau ...Pouahhhh 

 

Forcément quand on base l’entraînement sur le vélo et qu'on nage comme un pied, on double un paquet de monde. Je retrouve Pierrot et le laisse faire son show dans une descente avant de le laisser derrière moi, histoire d'engranger un peu avant le marathon où, il va, comme d'hab, me reprendre un paquet de temp, c’est sûr. Ou pas…

Fin de la première boucle; au rond-point des Orres, un nombre impressionnant de supporters font une haie d'honneur aux coursiers et l'ambiance Tour de France provoque un grand frisson dans l'échine du boucher… Un coucou à Fred qui a fait une natation de fou et marque une petite pause technique. Il paraîtrait que l'herbe n'a pas repoussé depuis.

 

Le cheminement vers le col de l'Isoard via les balcons de la Durance puis les gorges du Guil se poursuit sans histoire et s'avère plutôt sympa dans un premier temps sur des routes en toboggans et une belle vue sur la rivière. J'aime moins les gorges où je commence à avoir froid à la gorge ( la mienne, là...) et à m'inquiéter de ce qui nous attend 1000 mètres plus haut. Il n'y pas de spectateurs dans ce coin austère et les concurrents deviennent plus espacés. Bref, on est dans dans le plat de résistance quoi !

Pouf...ça y est on tourne à gauche et c’est parti pour 13 km d'ascension… Là, c’est bon, vous avez compris, c’est L’Isoard, c’est long, c’est bon, c’est dur, vous savez déjà !

Mes aptitudes de grimpeur sont assez médiocres et je sais que je ne vais plus doubler grand monde. Je vais d’ailleurs retrouver tout au long de la montée les mêmes concurrents avec des petites variations dues aux changements de pourcentage. Y’a des gars fait pour le 7%, d’autres c’est le 8 %, ou bien le 9%. A 10 % y’a plus trop de clients ! 

Sinon, c’est quand même assez sympa de s’encourager par un petit mot au passage.

 

Côté météo çà va finalement avec une température qui ne se casse pas trop la g…. Et  surtout la perspective de retrouver une partie de nos supporters;  j’ai nommé Florence, Séverine, leur progéniture ET ma chérie, participe au réchauffement climatique ! Là haut, Marie-Noelle m’encourage et commence par me dire :

 

-Fabien fait un truc énorme et a 32 minutes d’avance sur toi …

-!???  T’as rien de mieux en stock pour me remonter le moral ?

-Si ! Pascal n’est pas très loin devant, Hervé et Yann un peu plus mais pas trop…

-Beaucoup mieux ! Je file d’ici. De toutes façons, on voit rien du paysage et çà caille !

 


Photo: Florence Touvron

 

Et c’est parti pour une belle descente où j’y vais progressivement en raison d’une chaussée humide et d’un sandwich au saumon qui ne se laisse pas faire comme çà … Arggh!!! Jesus est en vue ! Je sacrifie à la tradition répugnante, propre aux dauphins, du toucher rectal en le dépassant. Je me retourne pour voir si çà lui a fait plaisir, mais en voyant sa tête de petit garçon terrorisé par la pente et la maladie, je regrette un peu mon geste. Rapidement, je me rappelle que c’est quand même du chiendent ce mec là et qu’il ne faut pas trop s’apitoyer…

 

Descente de plus en plus fluide, les voitures puis des motards de l'organisation se rangent même sur le côté dans les lacets les plus raides pour me laisser filer. Ce qui est un bon indicateur de la fluidité de la chose. La traversée de Briancon et les kilomètres suivants ne sont pas les plus marrants en raison d’une chaussée souvent en mauvais état, de bouches d’égout vicelardes ou bien d’une circulation importante. Virage à droite vers les Vigneaux et les souvenirs de super vacances au camping de ce village en 1997 et 2000 me reviennent. Je repense à Yannick et Anaelle, mes enfants qui m’attendaient au retour de mes virées vélo pour me raconter leurs exploits de la matinée et je me dis que c’est chouette de pouvoir continuer à faire des virées vélo et d’écouter leurs exploits ! Nostalgie très agréable finalement...

 

La montée, tant redoutée, de Pallon est vraiment redoutable mais, là encore, une haie de spectateurs tous, aussi enthousiastes les uns que les autres, aide à faire passer le truc. Au passage, je note que les hermines du maillot du club sont un réel “plus” pour séduire les spectateurs de vélo. Tout le monde sait qu’on devient breton lorsqu’il s’agit de gueuler sur un cycliste le long d’une course. C’est pareil lorsqu’on mange du crabe d’ailleurs…

 

Il faut descendre de vélo quelques kilomètres plus loin en raison de travaux. Là, je retrouve le reste de la famille Shleck en train de s’enfiler... un ciré. Quelques hommages appuyés : 

-Salut baltringues !

-Salut tocard ( Nanard ? ) t’as vu Pascal ? Il a eu un malaise !

-Oui oui les garçons, la rougeole du petit, c’est pas tout mais j’ai de la route à faire me dis-je en les laissant à leur essayage de textile

 

C’est pas vrai ! 

 

3 kilomètres après les avoir abandonnés, Hervé, dit “le Gros” ( c’est vraiment excessif comme surnom ), arrive à ma hauteur pour papoter un peu… Ça sent le coup de bluff et je ne me laisse pas impressionner ( je suis malin hein ? ) et je continue à appuyer sur les pédales. Je prend de l’avance et prend beaucoup de plaisir sur ces “Balcons de la Durance”, déjà empruntés à l’aller. Des petits “tape-culs” à aborder sur le  grand plateau et en danseuse me permettent de doubler pas mal de gars et de soulager au passage les reins qui commencent un peu à tirailler. Rien à voir avec les autres années où la position aéro sur un vélo de chrono avait bien déglingué ma vieille carcasse.

Une côte que je n’avais pas repérée à l’aller, à l’entrée d’Embrun, nous permet de croiser les premiers concurrents qui ont abordé la course à pied depuis, déjà, un bon moment. 

 

Qu’est ce qu’ils vont vite ! 

 

En tout cas si un éventuel “melon “ avait commencé à se développer, là, çà calme tout de suite ! La montée de Chalvet représente la dernière difficulté et çà la rend moins cruelle. Sacré morceau quand même. Qui doit être particulièrement indigeste sous le cagnard. Là c’est cool, y’a du crachin... Je suis presque en haut et là, PAF… une main au cul suivie de la tête satisfaite du douanier ( pas dans le cul, la tête, hein ! ) C’est pas possible ces gars là, c’est plus dur de s’en débarrasser que des morpions.

-Et l’autre pustule, elle est où ? lui demande-je sans beaucoup d’illusions.

-Ben elle est juste derrière me répond-il, l’air toujours aussi content de lui.

 

Bon...histoire de sauver l’honneur et d’arriver second du club, je ne touche pas trop aux freins, dans une descente, vraiment pas très sympa… Bilan, un vélo en 7h15 ce qui est mieux que les 7h30 espérés. Tout va bien et j’aborde le marathon l’esprit serein .

Une masseuse de l’organisation se rue sur moi et me propose de me masser là où je veux. Je choisis spontanément “ mollets” et on papote un peu sur la vie, la mort, sa carrière de triathlète blessée, la relativité, etc…

 

Il est quand même temps d’y aller parce que les frangins viennent de se faire la malle et si je n’ai aucun espoir de rattraper l’homme des Monts d’Arrée ( à l’aise comme un poisson dans l’eau ..), le père Jaouen me donne un bel espoir ( vous avez pigé là ? ) 

 

 

http://www.belespoir.com/

Avant de partir, coup de génie; le chapeau de paille qui a abrité mes 3 jours d'affûtage au festival du bout du monde et qui devait servir en cas de soleil, me regarde du fond de la caisse et me dit “ emmène moi ! “. Au bout de 10 mètres, je sais que çà va changer ma course quand j’ai déjà entendu plusieurs rires, applaudissements ou “ Beau Chapeau !". Impossible se prendre au sérieux avec çà et çà va avoir le mérite de m’obliger à rester “en-dedans” pour dire merci aux compliments qui fusent à droite et à gauche. J’en rosi encore rétrospectivement et ne résiste pas à vous donner un petit florilège ( comment, il se la pète çui là….):

  • ( Commissaires genre Thelma et Louise )  Bernard t’as trop la classe, t’assures à mort !
  • ( Vieille dame très digne à sa fenêtre Monsieur vous avez un très boooohhh chapoooohh
  • Petite fille ) Monsieur t’es merveilleux.

Même si tout çà est fondamentalement vrai, çà pique quand même non ? 

 

C’est pas tout çà, mais le douanier est toujours à 200 mètres devant moi et si j’arrive par moment à sa hauteur, je suis obligé de laisser filer pour me ravitailler ou faire baisser la température du moteur en marchant un peu. On passe quand même ensemble le semi-marathon en 2 heures pile et on se dit que, désormais, c’est sûr, on va l’avoir ce tee-shirt de finisher.

 

On croise Pierre qui a l’oeil du tigre puis Patrice qui a l’air serein du gars qui sait… On ne sait pas quoi, mais il sait, c’est sûr… On se dit que nos heures sont comptées et que notre avance va fondre.

 

La montée vers le village d’Embrun est terrible et on la monte en mode randonneurs en se disant que c’est incroyable qu’on ait pu y courir au premier tour. Arrivés en haut, je propose au douanier de recourir un peu pour éliminer les toxines et une voix d’outre-tombe me répond “ Ben ouais, on court évidemment!"

 

Putain, Jésus est revenu…

Un vrai schisme s’opère alors: Pascal, après avoir vaguement émis l’idée qu’on pourrait attendre la “Quiche” qui a été sympa avec lui dans l’Isoard s’échappe finalement dans son style Daffy Duck. Sacrément efficace le canard, quand même. Yann boycotte la course à pied, trouvant çà trop ringard. J’opte pour une solution intermédiaire en trottinant .

 

Ca va mieux, çà descend et après c’est plat. Colin Arros qui marche, tranquillou, le long du circuit à 20 km/h répond à mes inquiétudes en me disant que mon ami Pierrot n’est pas forcément au mieux, et puis, mine de rien, les kilomètres défilent ! François, m’accompagne jusqu’au panneau” arrivée 10 km “ en me disant qu’après c’est plus facile, il n’y a plus qu’un chiffre. 

Au passage, un énorme merci à tous les supporters du club, que ce soit Alain, complètement déchaîné, Marie ou Francois et, bien sûr, toutes les femmes ou enfants des coureurs qui ont vraiment “mis le feu” tout au long du parcours. Grosse, grosse performance !

 

Photo: Florence Touvron 

Donc, bibi n’a plus que 10 bornes à faire et la montée vers Baratier ne me pose aucun problème métaphysique puisque je me suis accordé le droit de marcher et qu’en plus je suis dans un pack de gars qui n’avancent pas plus vite que moi. En plus, les cons, ils ont un tour de retard, Yurk yurk ! Évidemment, ils le savent et ne m’adressent pas la parole mais je me rattrape au niveau social avec tous les commissaires ou spectateurs qui me reconnaissent et me clament “ Bravo Chapeau, t’as bientôt fini !”  

 

Je vois Marie-Noelle à 2 km de l’arrivée et lui propose de passer la ligne ensemble. Visiblement depuis le Norseman, elle se méfie un peu et refuse poliment. Le dernier virage avant de basculer est juste incroyable. On dirait que les milliards de gens qui se sont payés ma fiole durant le marathon se sont retrouvés pour gueuler “Chapeau Bernard “ et çà y est, alors que j’avais dit que je ne ferai plus jamais çà, je suis obligé d’écraser 2 ou 3 larmes.

 

Je regarde le panneau d’affichage et en voyant 13h04, je me dis que j’aurais peut être pu faire un effort pour remplacer le 13 par un 12 mais la satisfaction l’emporte largement et tous les sacrifices me paraissent, d’un coup très légers par rapport à l’intensité de cette journée. 

 

 

Je ne sais pas quand mais, si je le peux, je reviendrai, c’est sûr… (Y’en a une qui va faire des bonds en lisant çà …)

Bon, j’avais dit que je serai bref, c’est encore raté !