Iron Wales 2015 : la réalisation d’un rêve ou un leurre?????

PROLOGUE

Et oui, participer à un Ironman a toujours été un objectif, surtout depuis mon opération de la hanche en 2010, qui avait quelque peu freiné mon activité sportive sur les trails, courses sur route et marathons.

Accompagner, supporter, encourager les collègues Ironman, c’est bien, mais y participer, c’est mieux…du moins le pense-t-on.

Cette arthrose de la hanche m’a fait douter, mais l’espoir renaît après l’opération par un chirurgien hors pair et marathonien émérite. La souffrance endurée par Bernard à Salou lors de son 1er Ironman, et que dire du Norseman, m’ont convaincu que moi aussi j’avais les capacités…à m’inscrire.

J’ai pris mon temps, mais déjà en Mai 2014 en allant consulter mon sorcier, la 1ere étape était franchie avec son feu vert. Les cyclo sportives et quelques courses sur route auxquelles je participais ne faisaient que confirmer cet espoir. Mes 2 collègues cyclos du mercredi le pressentaient également.

Restait à franchir le pas, ce qui fut fait le 08/11/2014, date à laquelle j’ai validé mon inscription pour l’Iron Wales 2015. Pourquoi le Pays de Galles ? Mon ami Gilou s’était déjà inscrit et m’avait expédié la documentation. Il me dit : « T’inquiète pas, le parcours est facile, tu dois pouvoir le finir. D’ailleurs, je vise le slot pour Hawaïï, c’est pourquoi je me suis inscrit. Je ne te raconte pas ce que vont endurer les baltringues qui vont s’inscrire à Embrun !!! ». En même temps, ce challenge permettait à nos fiancées de nous supporter tout en voyageant. En validant cette inscription, nous faisions une scission avec les Embrunmen. Mais avec ses conseils avisés, les doutes s’estompent : il est permis de rêver….même à près de 60 ans. Un regret toutefois : que la 3ème roue du tricycle (le Boucher de Lanildut) et sa fiancée n’aient pu nous accompagner. L’affiche officielle, que j’ai pu scanner (voilà pourquoi elle n’est pas nette) de cette compétition avait anticipée mon inscription : trop forts ces gallois

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Inscription faite, le plus dur restait à venir pour ce challenge sur lequel je n’avais qu’un seul objectif: LE FINIR. Mais en bon Guipavasien, nous avons un avantage primordial : une hygiène de vie irréprochable tout au long de l’année.

Et comme un bon vieux diésel, j’ai commencé l’entraînement assez tôt, et après un mois de Décembre cool, je me suis attaché à respecter un planning régulier :

-          Janvier - Février – Mars : 2 entraînements vélos et 2 sorties course à pied /semaine. Pas de résistance en CAP, que de l’endurance.

-          Avril – Mai : la natation en eau de mer se rajoute au programme (et oui je suis allergique à la piscine, pas…à Coach Jean Luc) complétée par des courses sur route (Guipavas, Kerlouan, Ploudaniel, Crozon), de triathlons (St Brieuc, Taden, Moulin Blanc, Olonne sur Mer)

Dès le début, contrairement aux embrunmen qui suivaient des cours collectifs, j’ai opté pour une préparation individuelle que je complétais par des sorties le Dimanche avec les Dauphins, ou le mercredi avec mes 2 potes de fiesta qui me prodiguaient des conseils.

-          Juin – Juillet –Août : début des travaux forcés, 6 jours d’entrainement /semaine. Un séjour d’une semaine dans le Pays Basque, où j’ai effectué 550kms en vélo avec un gros dénivelé, 45kms de CAP et 2 séances de natation/jour, m’a rassuré sur ma faculté de récupération. Pour parfaire cet entraînement, une inscription à la traversée de la baie de St Jean de Luz (3.8kms en aller-retour) ainsi qu’au Breizhman, sur les conseils des coaches, apportaient du rythme à cette préparation, même si la fatigue était présente.

Les autres épreuves estivales auxquelles j’ai participé (Braspart, Menez Hom, Tri de Larmor) faites à allure entrainement (ce qui ne m’empêche pas de sortir de l’eau avant Cactus) ont affiné ma préparation. Les longues sorties vélos (160- 180kms) en solitaire dans les Monts d’Arrée, La presqu’île de Crozon et sur la côte Nord (prendre du vent et faire des bosses) me forgeaient le caractère (bien trempé semble-t-il selon certaines ????)

Ma diététicienne préférée, Nadine mon épouse, s’est tellement documentée sur la nutrition sportive qu’au départ pour Pembroke le 09/09, j’affichais une perte de poids de 8 à 9kgs par rapport à Décembre 2014 (69kgs), mais sans se blesser.

Le Récit :

Et nous voici arrivés au jour du départ. La voiture chargée, nous allons chercher Le Goff’s Family. Intuition ou éclair de lucidité de Gilles (et oui): vous avez tous vos pièces d’identité ??? J’avais oublié de prendre mon passeport (en fait je crois que c’est Nadine qui ne l’avait pas pris ;-))))

  • 09/09/2015 : Embarquement à Roscoff pour Plymouth où nous passons la nuit dans un B&B. Repas du soir accompagné d’une bonne bière, n’est-ce pas Gilles ?
  • 10/09/2015 : Acheminement vers Tenby où nous arrivons en début d’après-midi. Le gite réservé par Gilou est idéal, nous bénéficions d’une salle de sport, d’un sauna- spa et d’une piscine chauffée. La reconnaissance de la 1ère boucle en vélo me rassure : circuit roulant avec seulement 3 montées, ce que nous avait indiqué Arnaud Le Jan de Morlaix, qui revient sur le circuit pour la 2ème année. Petite visite sur Tenby au village accueil et expo. Nos assistantes commerciales, culinaires et médicales…, Kate et Nadine remplissent leurs rôles à merveille. Que du bonheur !!
  • 11/09/2015 : Poursuite de la reconnaissance de la 2ème boucle vélo en voiture, avec les filles. Et là changement de décor : sur les ¾ de cette boucle, à effectuer 2 fois, peu de plat,  des bosses, des côtes, des toboggans…et quelques descentes. Visite du village départ avec la récupération du package « dossards ». Et là stupeur, j’apprends que mon N° de dossard correspond à ma place dans l’âge des concurrents : 1994/2050 au départ. Il ne doit y avoir que 56 plus âgés que moi au départ. Depuis j’ai contrôlé l’âge des concurrents : il y avait exactement 16 triathlètes au départ plus âgés que moi. Suis-je fou de m’être inscrit ???
  • 12/09/2015 : la journée la plus chiante, avec la prise des dossards, l’enregistrement, la remise du matériel au parc vélos. Et après : sieste, repos, sieste….repos, sieste…. Pas l’habitude de se tourner les pouces et de prendre son temps : on se croirait à la Météo, dixit Gilou.

Heureusement une bonne bouteille de rouge vient accompagner le bon repas préparé par nos fiancées.

PS : si je n’ai pas respecté le plan d’entraînement d’Arnaud, j’ai essayé d’adapter son rétro planning la dernière semaine en prenant une bonne pinte de bière les mercredi, jeudi et vendredi soir. La bière n’apporte t’elle pas glucide et sucres lents dont nous aurons tellement besoin Dimanche !!!!

  • 13/09/2015 : nous y voici : La Grande Vadrouille va se rejouer à Tenby.

Après un lever à 4H30, et un petit déjeuner copieux, nous arrivons vers 5H45 au parc à vélos pour cette journée peu ordinaire. Je me remémore mes 2 objectifs auquel j’ai rajouté un autre depuis la prise des dossards: Finir l’épreuve, mettre moins de 15H00, je n’envisage même pas d’abandonner, et être classé avant mon numéro de dossard, soit avant le 1994

Je n’oublie pas les conseils de Gilles : bien s’alimenter, s’hydrater régulièrement, ne pas s’enflammer et surtout ne pas se mettre dans le rouge (on en reparlera de ce rouge).

Point positif : il ne pleut pas

Points négatifs : du vent (30-40kms/H), une mer agitée

Après avoir rejoint au travers d’une foule énorme la plage, chacun s’installe dans ses groupes d’horaire, et je choisis de me placer derrière la pancarte des 1H15, présomptueux l’ancien !!

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Et nous voilà partis (plus de 1’30 ‘’ pour passer le tapis de départ) dans une eau à 15°, bien agitée, ce qui rend difficile la vision des 2 bouées. La 1ère boucle achevée en 35’, nous sortons à l’australienne en longeant le front de mer et le public aussi déchainé que la mer. La 2ème boucle se passe également sans bagarre, si ce n’est ce combat contre la mer (on se serait cru dans le tambour d’une machine à laver). Sorti de l’eau en 1H17’05, sortie à l’australienne compris, j’aborde la transition sereinement surtout que ma montre GPS affiche 4,100kms de nage, sortie à l’australienne comprise, soit une moyenne de 1’53’’ au 100m. Nous traversons la ville au milieu d’une foule énorme, digne des cols du Tour de France. J’avais choisi, dès la sortie de l’eau, d’enlever ma combinaison pour courir plus facilement afin de rejoindre le parc vélos situé à 1km environ et en même temps de prouver aux petites Galloises que, même à près de 60 balais, on entretient ses pectoraux en Bretagne!

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Cette transition cool effectuée, avec un ravitaillement conséquent(Le gâteau sport préparé par Nadine me fait prendre 1kg d’un coup)  et équipement vélo (option manches courtes), me voilà parti pour une balade (des gens heureux) de 7H mini.

Dès le départ, de nombreuses fusées, et ce pendant une trentaine de kms me dépassent avec leurs vélos chronos, ce qui ne me perturbe pas (surtout ne pas s’enflammer, m’a dit le coach). Après avoir viré à la pointe Ouest de cette pointe (Angle), nous devons faire face au vent annoncé à 30-40km/h, pour rejoindre Pembroke et achever notre tour de chauffe de 60kms.Ce hors d’œuvre ayant été digéré facilement, nous attaquons le plat de résistance ( à consommer 2 fois pour l’occasion) ; côtes, faux plats, vent, et toboggans entrecoupés de descentes sur des routes étroites.

 La traversée de Carrew marque le début des hostilités et surtout des difficultés pour ceux équipés des vélos chronos. Les sensations restent bonnes, et à mon tour de gagner des places. Je me surprends même à me féliciter en reprenant l’air de « Félicita » (non pas pour la reprise de Davidé Esposito, mais pour la chanson originale d’Al Bano et surtout de Romina Power, que les plus jeunes des Dauphins ne peuvent connaître : le privilège de l’âge).

C’est sans doute cette insouciance qui m’a amené à subir, une fois de plus, les foudres du corps arbitral avant d’attaquer la montée de Templeton. Après m’être ravitaillé, j’ai malencontreusement laissé échapper un papier d’emballage en voulant le mettre dans ma poche arrière (que j’ai sans doute confondu avec la ceinture du porte-dossard).  Et là, un arbitre me dépasse, et me présente un carton rouge (Gilou m’avait pourtant dit de pas me mettre dans le rouge, ce que je pensais avoir respecté jusque-là). J’ignorais la portée de ce carton, mais surtout j’avais des difficultés à traduire ce qu’il me disait (mes assistantes commerciales étaient restées sur Tenby). Néanmoins je décidais de poursuivre cette randonnée sans y prêter attention.

Les 20 derniers kms de cette boucle nous amenaient, après avoir contourné Narberth, vers la côte est de Tenby (à 8kms) et la traversée de Sandersfoot où il nous était proposé un toboggan de 5kms avec une pente annoncée à 16%(cf. photo de Gilou que Cathy essaie de sublimer : la qualification pour Hawaii sera familiale chez les Le Goff)

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Le passage dans la ville de départ, pour entamer cette dernière boucle, sera un bis-répétita de cette 1ère boucle, à savoir : des jambes de 30 ans, non plutôt 40- 50 ans, un cœur gros comme…. et un mental d’enfer. Mais sur ne pas oublier de se ravitailler et d’ingurgiter une tranche du gâteau sport (et voilà 1 autre kg de gagné). Et pour apporter une réponse à la chanson de Cali : « C’est quand le bonheur » : le bonheur,  c’est aujourd’hui sur les routes du pays de Galles, à moi d’en profiter.

Une petite inquiétude toutefois : je n’ai pas aperçu mon kop de supportrices depuis mon départ en vélo : sont-elles au chevet de Gilles ou sont-elles allées, pendant notre absence, apprendre, à leur contact, les rudiments de la langue gaëlique ???

Sur cette partie, je ne me rappelle pas avoir été doublé, ce qui te donne une pêche d’enfer.

Mais la fin du parcours vélo, et surtout le toboggan de Sundersfoot, me rappellent que j’approche des 60 ans (et oui, je n’ai que 59 balais, qu’il serait grand temps d’arroser) : un début de crampe à l’adducteur droit lorsque je me mets en danseuse m’oblige à rester assis sur la selle … pour terminer cette partie cycliste, que j’achève en 6H48’37’’,  et je mouline (studieux l’ancien), jusqu’à la transition. A  1km du parc vélo, je croise Gilou en course sur la partie pédestre et qui me semble facile (comme d’hab.) : mais combien de tours a-t-il effectué ??

Arrivé au parc vélos, je me dirige vers la tente des commissaires qui m’informent que ce n’est pas une pénalité de 15’ que j’ai pris mais une disqualification !!! Moi qui n’ai connu que des cartons jaunes sur les terrains de foot je me prends un rouge à l’âge de la retraite !!!! Point positif, je peux continuer l’épreuve par ce fameux marathon où nous avons 4 boucles à faire : mais comment ma hanche va-t-elle réagir à ces 42kms, alors que je n’ai pas couru plus de 23kms d’un trait depuis mon opération ? De plus, le parcours à pied, annoncé plat par le coach, est plutôt accidenté, surtout sur la première partie où nous avons des bosses pendant 4 kms.

Un bon ravito, un changement de maillot et me voilà parti. Appliquant à la lettre les propos d’Arnaud qui conseille de partir vite, je réalise cette 1èreboucle sereinement. En croisant Gilou, je crois deviner 2 bracelets, donc il achève la ½ de son marathon et il doit lui rester 2 tours à faire. Le passage en ville, devant un nombreux public, quelque peu fatigué car présent depuis le matin, mais qui nous ovationne,  nous redonne un bon coup de pep’s.

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La fatigue commence à se faire sentir à la fin de la 2ème boucle, et dès le début de la 3ème où je constate que l’ami Gilou a fini son épreuve : dur moralement alors que j’ai encore la moitié du marathon à faire. Je décide dans la montée d’alterner marche rapide et course à pied.

Les encouragements de mon fan club, que j’ai retrouvé dès le début du marathon, sont un atout supplémentaire. Au fait, elles parlent toujours breton et semblent préférer les bons p’tits guipavasiens aux gallois.

Et me voici attaquant la 4eme et dernière boucle où, après un petit coup d’œil au chrono, je constate qu’un chrono final de moins de 13H est possible. Du coup, changement de tactique, et je décide, même si les crampes menacent, d’achever ce marathon sans marcher. Les 2 supportrices viennent à ma rencontre : a priori, elles craignaient que mon moral flanche, ce qui les inquiétait, mais surtout Gilou avait dû les informer que 2 supportrices Galloises réclamaient les petits Frenchies à cor et à cri, et cela les inquiétait quelque peu.

Le privilège de l’âge est de bien se connaître et surtout de savoir repousser ses limites. C’est donc à la tombée de la nuit, mais encore sous une lumière naturelle que j’achève cette extraordinaire journée dans le temps de 12H54’29’’ (dont 12H31’42’’ de temps effectif de course, transitions déduites)

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L’accolade de Gilou sitôt la ligne franchie m’a confirmé que j’avais bel et bien réalisé mon objectif. Après un passage éclair sous la tente des masseuses, et la remise du T Shirt Finisher, l’accueil et la bise de nos deux plus fidèles supportrices m’ont quelque peu rajeuni et surtout permis d’évacuer la fatigue.

EPILOGUE

Après un petit tour dans un pub, au retour dans notre camp de base, et un brunch vite avalé, la nuit fut longue et le sommeil difficile à trouver. Je me lève le lendemain avec la tenue intégrale de Robocop (que des courbatures). La réception organisée en l’honneur des vainqueurs, donc de notre Gilou national, fut sympa et à la hauteur des récipiendaires. La confirmation du slot obtenu pour Hawaii nous permettra d’envisager un autre voyage, mais cette fois ci sans objectif bien précis… pour les supporters. Mais il a bien mérité sa qualification notre Dauphin national

Mais comme, pour progresser, il faut s’en fixer des objectifs, et je vous informe que pour mes 60 ans, l’année prochaine, j’envisage de m’inscrire à un nouvel Ironman. Lequel, je ne sais pas encore, mais je sais pouvoir compter sur les conseils avisés de mes 2 amis, Bernard et Gilles, pour trouver une épreuve à la hauteur de mes capacités. Le 2éme tome de mes challenges sportifs devrait être édité en 2016 !!!

Ce challenge n’aurait pu se réaliser sans l’assistance de nos 2 épouses, mais surtout sans leur accompagnement pendant nos nombreuses absences durant les longues sorties d’entraînement. Je crois pouvoir dire que nous leur avons appris la tolérance !!!

Et surtout merci à Gilles de m’avoir proposé un tel challenge et d’avoir cru en ma capacité à réaliser cette épreuve, annoncée sur leur site comme ayant l’un des parcours vélos et de course à pied les plus difficiles des Ironman.

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