IRONMAN WALES 2015

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Novembre 2014, des rumeurs circulent au club qu'Arnaud va prendre sa retraite en 2015. Le 14 Novembre à 17h14, le Prez me convoque pour me charger de reprendre le flambeau de la qualif Hawaï. Je lui dis :

« C'est mort Prez, mon grand age ne me permet plus de m'entraîner comme il faut, j'ai mal aux dents, mes pédales sont usées, mon Look est fragilisé, » etc.

Il balaye tous mes arguments et pose la bouteille de gnole sur son établi atelier vélo :

« Ecoute baltringue, c'est les 20 ans du club l'an prochain, je prévois une Méga fête avec les danseuses de Kerhascoet et les montgolfières de Décopub. Il nous faut du consistant en résultats, alors tu seras l'envoyé des Dauphins pour un slot Hawaien. De toute manière si tu refuses, je te rétrograde en ligne 5 le Jeudi soir et je te mets 3 ème remplaçant en équipe 14 à Plouay . »

Whaou je suis sonné, mais sa gnôle me rend de plus en plus confiant sur ce deal, à 3H03 je dis Baaaaaancoo !! En rentrant chez moi par les petits sentiers de l'Elorn, je m'arrête chez Bernard K. et lui raconte mon rendez vous avec le Prez.

«  Whaou c'est dur, allez si tu y vas je t'accompagne ».

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Et voilà comment s'est monté cette Dream team de vétérans à l'assaut de l'Ironman Wales.

Après de longs mois de travail sur vidéo, de répétitions de transition, de cuisine de cake salé et sucré, de cours de yoga Hata, de visite chez la diététicienne, de learning sur cassette magnéto et accessoirement de quelques triathlons de préparation, on débarque à Tenby.

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Les 3 jours qui précèdent la course seront occupés à reconnaître le parcours vélo, manger des pâtes, shopping, manger des pâtes, récupérer, manger des pâtes, lire et relire le rétro planning, visualiser le dimanche soir avec des pintes à gogo. Le samedi on en peut plus, on a hâte de se jeter à l'eau. On est même limite du protocole diététique en débouchant un nuits St Georges 2002.

THE RACE :

Réveil à 4h45 petit déj avec gatosport aux fruits, crêpes Whaou et fromage blanc et a cup of tea.

Direction Tenby, situé à 7 kms, en bagnole et on rentre à pas feutrés dans le parc où il y a 325 m de file d'attente devant les toilettes. John Gardwell Mac Douglas The big Boss de la course reconnaît mon maillot des dauphins et me demande ou aura lieu la célébration des 20 ans du club des dauphins. « I don't know Si ». Il me demande des nouvelles de Xavier S., de Bernard le Norseman; j'ai peine à lui répondre de mon anglais hésitant.

Quelle notoriété ce club !!!

Par contre pour Bryan, je suis plus à l'aise et je lui dis : « Bryan ? Bryan is in the kitchen  !!! »

Un dernier SMS pour l'anniversaire de Gaëtan. Je retrouve Bijou dans le parc après une nuit humide. Je lui demande si cela va et il me répond :

« J'ai mal à la selle »

« T'inquiètes c'est loin du dérailleur !! ».

Je lui donne 2 bidons d' Hydrixir fruits rouges pour le rassurer. La pression des pneumatiques vérifiée, je cale mes 2 sandwichs pain au lait jambon-fromage dans mes prolongateurs. Je visualise ma transition natation-vélo dans le parc et idéalise ma trajectoire pour passer au travers de ses 2000 destriers. On va bientôt entrer en scène, il est temps de mettre sa seconde peau en néoprène.

La température de l'eau est annoncée à 15°C et avec de la houle …

Dépose du sac de vêtements de rechange et marche de 1 km du parc vélos vers la plage de départ.

Ca grouille dans les rues, Bernard, Cathy et Nadine m'accompagnent. Comme je l'ai déjà dit dans mes 239 récits précédents d'Ironman, j'aime ce moment où on prend conscience de l'événement, on sait qu'on y est enfin, pas blessé, en forme (on l'espère) , y'a plus qu'à…

Gros poutous à Cathy et il faut descendre sur la plage. Là, il faut accrocher un sac avec ses chaussures de running pour courir le kilomètre de transition swim to bike. Avec Bernard on cause léonard Gast, Arnaud Le Jan nous entend. On se souhaite bonne course. Je le perds de vue et reste avec Bernard, qui hésite à se baigner avant la course. Nous avançons et nous étonnons du bouchon dans la file, ayant shunté le briefing d'avant course (les blaireaux)… On remarque que les nageurs sont rangés par niveau type départ de St Pol-Morlaix. Aïe !!! ça fait du monde à doubler. Je souhaite bonne course à Nanard et j'arrive à me faufiler au niveau des 1h10-1H15 c'est un moindre mal.

J'ajuste et réajuste mes lunettes . J'ai une pensée pour mes potes disparus cette année, je pense à mes proches. Il est 7H -02 mn, l'hymne gallois est jouée dans les grosses enceintes.

Big émotion : des frissons qui vous redressent le sang et vous font bouillir les poils !!

On se tape dans les mains entre voisins et s' encourage mutuellement.

Natation

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7H00 Pan !!! Le départ est donné. Je déclenche le chrono et lors de la rentrée dans l'eau je vois que j'ai perdu 1 mn.. Ce n'est rien, je m'attelle à trouver mon rythme, ma respiration, à m'acclimater à la température de l'eau. Tout est OK, tous les voyants sont au vert. Superbe idée ce départ par niveau et canalisé, chacun est à sa place et avec de l'espace. Le parcours est un triangle avec 2 bouées et une sortie à l'australienne. A l'approche de la première bouée, la mer est plus agitée. Ce secteur est assez rock'n roll et quand la bouée est virée, on n'aperçoit pas la deuxième située à plus de 800 m. Je décide de prendre le clocher de la ville comme amer et me fixer un cap, merci le permis bateau !! Bonne option avec une petite correction en fin de ligne droite.

Sortie à l'australienne, je vois Cathy, Nadine et mon chrono qui me disent 32 mn 40s : Good Job . J'entame le second tour, les conditions sont plus dures (vent forci ? Mer qui descend ? Fatigue ?)

Je veille à rester relâché et garder le rythme, j'en rajoute même un peu sur la fin. Sortie en 1 H08 (139 ème), je cours sur la plage, monte la rampe et à la vue de tous les sacs suspendus je me dis well done.

Transition 1

Je prends mon sac à chaussures et mes jambes à mon cou pour retrouver Bijou. Je profite de cette longue transition pour manger 2 crêpes Whaou, histoire de remettre des calories dans le moteur.

Arrivé sous la tente de transition séance de déshabillage assistée. Je remets mes affaires de natation dans le sac, cours vers Bijou et jette mon sac dans un des 10 box dédiés. Je fais l'inventaire : j'ai mon casque, mes chaussures chaussettes et ….. mon dossard ; Quel gland je l'ai laissé dans le sac !! Demi tour inspection des box et à la troisième pioche, je trouve le gros lot et foire-fouille sous ma combi de natation pour saisir l'élastique numérotée. Whaou j 'ai eu chaud !!

Le vélo

Je retrouve Bijou et l'enfourche pour un grand 8 de 180 kms. Les 30 premiers kms sont roulants et vent favorable, idéal pour se mettre en route, manger et se désaliniser les gambettes. Je repense à mes entraîneurs de vélo, qui nous interdisaient les baignades en mer. Evidemment dans ce genre de scénario où tout le monde roule allégrement à 35-40 km/h quelques groupes se forment et des têtes casquées deviennent familières au rythme des dépassements et redépassements. A toi, à moi il est temps que le parcours se durcisse.
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Avant d'arriver à Angle (1er ravito de la course), je suis derrière un grand British avec sa roue lenticulaire et un pilotage très approximatif surtout quand il appuie sur les freins. La route est étroite et en plus les premiers cyclistes arrivent pleine balle en contre sens. Je croise Arnaud et fait un top chrono. Un arbitre motocycliste se pointe et me dit que je ne respecte pas les 10 m, je lui montre que je n'arrête pas de freiner, demande comment on fait ? Il me fait signe avec son bras de laisser 10 m , je m'exécute et le polonais derrière moi en profite pour s'intercaler !! Du grand cirque, je demande à l'arbitre et now ? Et là il met un gros coup d'accélérateur et s'en va. On le retrouve 500 m plus loin, dans la descente dangereuse vers Angle, où la route est encore plus étroite et humide. Du coup je ne peux rien faire je subis le pilotage catastrophique de l'anglais et bouffe du patin jusqu'au ravitaillement. Heureusement une côte sévère à la sortie du patelin vient à mon secours pour me remettre en ordre de marche. Arnaud a presque 9 mn d'avance sur moi, pour quelqu'un qui devait démarrer tranquille….

Là haut : c'est vent de face et on bute à une moyenne de 25-28 km/h. Tout va bien, je poursuis ma remontée en ayant hâte d'arriver dans la zone plus vallonnée située après le second ravito à Lamphey. Enfin le circuit devient plus abrupte et on peut jouer du dérailleur, Bijou se fend d'un wheeling et part à l'assaut des hills.

Ca devient du vélo comme je l'aime avec des enchaînements de bosses agrémentés d'un petit vent de face qui durcit les gambettes aux sommets. Comme ici quoi !!! Traversée de Narbeth avec la sono à fond et on revient vers Tenby avec les 2 bosses sévères de Saunderfost. Je vois Cathy dans la foule qui m'annonce 85 ème environ. J'en double entre 10 et 15 sur la fin de la montée. On passe à Tenby à toute vitesse pour entamer la dernière boucle de 50 kms. A la sortie de la ville, il y a une bosse qui me permet de revenir sur un groupe de 6 coureurs. Au sommet je suis en 2 ème place du groupe et à suivre il y a une portion plate avec vent arrière sur 3 kms. C'est cet endroit, lors de la reconnaissance, que j'ai choisi pour refaire le plein d'énergie, faire des étirements, faire le point. Je m'écarte sur le côté, laisse passer tous les coureurs du groupe et me place en dernière position en restant au milieu de la route donc décalé de celui qui me précède. Je me mets en danseuse, tourne vite les jambes, tout en mangeant.

J'entends le bruit de 2 motos qui arrivent et se placent derrière moi. Je ne change rien et continue mes étirements et mes petits sprints pour recoller à 10,01 m décalé. La route s'élève et nous ramène vers le gîte que nous avons loué (Celtic Haven à conseiller), je reprends le fil des opérations et remonte les coureurs du groupe. Un des 2 arbitres se porte à ma hauteur, et me dit :

« You !!! Drafting blue card five minutes under the penality tent. ». 

Et Hop il accélère...

J'en reste bouche bée, et vraiment désarçonné. Je gamberge un peu, ce coup de sang me fait accélérer et je deviens méchant avec l'organisation. C'est quoi ce bazar ? Il protège les anglais etc. Allez faut pas lâcher, se remettre dans le match et être propre en cadence. Finalement ce fait de jeu me donne encore plus de détermination. Passage à Lamphey, on reprend la boucle bosselée. Si je me fie au matériel utilisé par les triathlètes que je double, je rentre dans le haut niveau. Tout s'enquille bien et à 3 kms de l'arrivée je reprends un français collé à la roue d'une allemande. J'arrive derrière lui et lui dit:

« Allez le français !! » en se portant à son niveau. Il me toise en regardant Bijou et me dit « T’es dans ton premier tour »

« Non je suis comme toi mais j'ai 5 mn à purger pour drafting, tu sais comment cela se passe  ? »

Il me dit oui et que la tente de pénalité est dans le parc vélo.

« Merci, fais gaffe à toi  !! »

Effet immédiat, il décroche. Je termine mon vélo (39ème )avec de bonnes sensations mais inquiet pour gérer cette transition avec pénalité. J'aperçois Arnaud qui sort du Parc, j'ai réduit l'écart sur la fin du vélo.

Transition 2 

Je rentre au parc, dépose bijou et court vers la tente pour me changer en coureur à pied, je sors de la tente, vais vers la sortie du parc et demande aux officiels à purger ma peine. Mauvaise pioche, car l'officiel est surpris de ma demande , il interroge un big chef qui dit qu'il faut que je retourne sur mes pas à l'intérieur du parc pour rejoindre la tente. Les boules, je suis contraint de me taper un aller retour inutile de 400 m pour revenir à la tente. Là tu dois te faire comprendre entre Stop and Go, Blue card 5 mn ou 2 blue card 10 mn et signer la feuille.

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Le Marathon 

Enfin il démarre le chrono et je purge 5 minutes. Je me calme, me pose et engrange de la gnac pour ce marathon. 6,5,4,3,2,1,0 je peux reprendre la course. Le départ est en descente, l'entame est bonne même si je me fais dépasser rapidement par 2 filles PRO bien en jambes. Cathy m'annonce deuxième dans ma catégorie, mais le premier est intouchable !!

Si le marathon est soigné, ça peut encore le faire pour un podium .Je consulte régulièrement mon GPS et l'idée c'est de passer le premier semi en moins d'1H45. Le premier tour se passe conformément à mes attentes, je peux me situer par rapport à Arnaud. Au deuxième tour, je hèle Bernard qui termine son vélo apparemment pas trop cramé. Je suis un peu ballonné par les sucreries et quand je veux diluer tout cela avec l'eau javellisée du ravito ça n'améliore pas les choses, cela n'affecte pas ma vitesse de croisière. je vois que je suis à la lutte depuis quelques kilomètres avec un anglais de ma catégorie d'age. Je vais mieux que lui dans les bosses et il me repasse dans les descentes. Avec Arnaud l'écart est constant.

Je boucle le semi en 1H43 : Good Job !

Le 3 ème tour, je prends le dessus sur l'anglais et le distance progressivement. Il me sourit quand on se croise, ce doit être le fair play british. J'ai grignoté sur Arnaud. 4 ème tour : la fatigue musculaire se fait sentir au niveau des ischios. A 6 kms de l'arrivée, je crampe mais je ne marche pas. Il faut tenir. Un anglais se porte à ma hauteur avec un dossard de ma catégorie d'age, je vais perdre une place… Je m'accroche mais il va plus vite. Il me permet de rester dans le match jusqu'à 2 kms de l'arrivée, après je ne le vois plus. J'arrive à la bifurcation (pensée pour Larmor) je profite de ces 300 derniers mètres face au vent, face à l'océan pour bien vivre l'instant magique de la Finish Line.
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10H43 (60éme) que je découvre, je n'avais pas mis de chrono pour l'ensemble de la course. L'an passé, le podium V3 s'était joué aux alentours de 11 H, donc je peux espérer quelque chose. Je regarde dans l'aire d'arrivée si je ne vois pas l'anglais qui m' a dépassé sur la fin de course. Il n'est pas là et pour cause, il avait encore un tour à faire. Yes !!

Cathy me dit qu'il y a un gars devant qui était intouchable avec 5H02 à vélo. Hum Hum !! 5 H02 il y a peut être un problème de puce, qui se confirmera plus tard. Warenn l'anglais avec qui j'étais à la lutte en milieu de course à pied arrive et me congratule en me demandant combien je fais. Je lui dis peut être 2 ou 1, et donc lui 2 ou 3 à moins qu'il ne soit parti bien loin derrière moi en natation.

Finalement le verdict tombe, je suis 1 er de ma catégorie, Waren est second à 2 mn alors que j'en avais près de 5 mn sur le marathon. (Différentiel du à son départ derrière moi en natation). C'est du bonheur et de la satisfaction qui me gagnent. Forcément maintenant il va falloir réfléchir à prendre ou non le slot Hawaien ou affronter l'ire du Prez…..
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Je rentre sous la tente d'arrivée et profite de la table de massage , déception quant à la qualité du ravitaillement. Je retrouve Arnaud qui s'interroge sur son classement réel : il redoute qu'il y ait des triathlètes de son groupe d'age qui soient partis plusieurs minutes derrière lui en natation. La nuit tombe et la fraîcheur est bien présente, Il faut se couvrir, je pars encourager Bernard sur la fin de son marathon. Le sanglier du Douvez est dans le match, son regard figé en dit long, sur sa détermination à finir ce fucking Ironman Wales. Good Job le rookie de presque 60 piges, il termine en moins de 13 h au-delà de ses espérances et empoche 1985 points au challenge avant photos dans la presse....

La nuit porte conseille…. Les différents témoignages recueillis depuis des années et ceux délivrés par les qualifiés du jour me confortent à dire OUI lors de la remise des slots. Arnaud Le Jan, lui n'a aucun doute. Il faut y aller. De métropole, les sms tombent pour m'inciter à tenter l'aventure dans le Pacifique. Cactus le logisticien est déjà sur l'affaire !!

Pour les remerciements : Primo la famille, mes petites nanas qui m'ont accompagné à vélo, pied et en natation durant l'été. Merci à Bernard et Nadine de m'avoir accompagné sur ce triathlon, ils m'ont aussi apporté par le soin qu'ils ont mis à préparer l'événement.

Comme d 'hab merci aux dauphins, à la gnôle du Prez et à l'équipe de bras cassés du mercredi !!!

Banzaï Hawaï !!!

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