Il y a deux ans, j’avais fini Vittoria avec l’envie d’y revenir car j’avais trouvé cette course géniale et bien organisée. A la fin de l’été 2018, je sens les frémissements des longs qui commencent : on parle de l’Altriman (je ne suis pas grimpeur – doux euphémisme), Sebi a une revanche à prendre sur Hambourg fin juillet (je ne peux pas il y a Plouescat, notre championnat du monde), Vittoria passe sous pavillon Ironman (et double ses tarifs – sic). D’autres parlent de Nice (un poil trop par rapport à mes congés) ou encore de Bolton (logistique moins simple). Bref l’embarras du choix mais rien qui colle vraiment. Olivier trouve un plan pour Roth : je pense que c’est une arnaque. Antoine, Raph, Erwan, Fred, Cédric (qui se blessera à l’épaule et ne participera pas finalement) et les twins Jeanne et Julia s’inscrivent. Bon cela semble crédible, je réfléchis un peu (environ 3 minutes) et je m’inscris. L’objectif 2019 est sur les rails et l’équipée sauvage me plait. C’est cool


Le club décide de prendre les services de Xavier le Floch pour cette saison. Chouette cela me fera un plan différent de celui de Vittoria. Les séances se passent nickel jusqu’à Hourtin, test grandeur nature de notre saison : le volume à pied qui me paraissait un peu important finalement me convient bien, les jambes répondent (record datant de 9 ans sur 10 km égalé à la corrida, bons vélos à Bosméléac) et surtout pas de blessures pendant la montée en régime. Parlant de régime, je fonds également pas mal (#jevaismaintenirmonpoids #finileyoyo). J’arrive à Hourtin avec pas mal de confiance. La course se passe assez bien sauf en càp où une nouvelle fois je coince (ça devient une habitude). Le dernier mois sera consacré à finir le taf à pied et à vélo et à gérer l’organisation de séjour bavarois.


Arrive donc le départ : minibus avec les copains, vélos dans une remorque. Le trajet est long mais ça me rappelle l’ambiance des déplacements au basket et j’adore ça. Nous voilà à Nuremberg chez Gisela dans un coin calme. On prend nos marques : l’organisation est bien ficelée parce que 7 mecs dans un appart ça peut rapidement devenir le chantier.
J-2 : On part prendre nos dossards et là la claque. Le Prez et Jésus m’avais vendu du rêve sur la course et effectivement on en prend plein les yeux. La réputation de la Mecque du triathlon européen n’est pas usurpée : des athlètes pro de renom (#lucycharles #coeurcoeurlove), du monde de partout, du matos… C’est un peu le Disneyland du triathlète. La CB n’aura pas trop chauffé heureusement.
J-1 : Le lendemain c’est déjà moins fun on sent la pression de la course peser : la dépose des vélos, les « je mets quoi dans mes sacs déjà » et autres « c’est quoi la température de l’eau aujourd’hui » me font un peu trop réfléchir et je n’aime pas trop ça la veille de courses.
Jour J : Réveil au clairon à 4h du matin pile poil dans mes heures habituelles. Putain il pleut…. La loose. Heureusement, cela ne durera pas et je ferai la totalité de course au sec. Sur le site c’est la folie du monde de partout. Chacun va à sa zone de transition et on se perd du vue. Je mets un temps à retrouver les copains. Venant du sport, ces moments me font kiffer le sport grave. Antoine est déjà parti. Je vois partir tous les autres au fur et à mesure. Quand Raph part, je me retrouve seul pendant 15 min, 15 putain de longues minutes.


7h55 : Début de la course au coup de canon (#sursautàchaquefois)
La natation se passe nickel. Les départs par vagues de 250 personnes est top. Je me retrouve rapidement dans les premiers de ma vague et je reviens rapidement sur la précédente. Jusqu’au premier demi-tour, je remonte un monde dingue. Le léger courant est avec nous ça aide un peu. J’ai l’impression de ne pas forcer c’est chouette. Au demi-tour commence un long tout droit de 2000m avec le léger courant dans le nez cette fois. Mais ça passe bien, je continue de remonter du monde, je ne m’essouffle pas et les bras sont légers. Je sors de l’eau en 1h09, quasi le même temps que Vittoria. Je suis sur mes rails moi aussi. La transition se passe super. Tous les participants sont aidés par un ou une bénévole qui sont super sympas. Comme moi je me change entièrement, le petit moment de solitude où tu te retrouves à poil devant Greitchen est un peu déstabilisant mais c’est vite oublié car il est temps de faire un petit tour sur le vélo.


La partie Vélo consiste en deux boucles autour de Hilpolstein avec pas mal de bosses et surtout le vent qui se lève. Ce dernier va beaucoup me pénaliser sur le second tour (environ 10 minutes de perdues) mais j’arrive néanmoins à être à 30km/h de moyenne sur le second tour. Tout se passe nickel (hormis le vent). Je roule propre sans me mettre dans le rouge dans les bosses, je ne prends pas de risques niveau drafting pour éviter une grosse pénalité (5min à la penalty box + 1 boucle d’1km).
Lors du premier tour, je vois passer quelques pros (dont le futur vainqueur avec une grosse avance déjà). C’est quand même beau à voir ces avions de chasse. Je me suis demandé plusieurs fois ce qu’allait donner la montée de Solar berg. Et bien vraiment on peut dire que je n’ai pas été déçu. Au pied de la bosse barrière façon tour de France, un monde incroyable, de la musique et virage à droite et là tu comprends. Tu as les poils !! Les barrières s’effacent et tu fends une foule hyper dense et enthousiaste qui t’encourage comme jamais en te tapant l’épaule et agitant tout ce qu’il trouve. C’est le pied, mélange d’excitation et d’émotions. Je kiffe. Pas longtemps car ça monte quand même un peu et là j’entends la police qui arrive. Je me retourne et je vois la moto chrono de la première féminine : c’est Lucy Charles (#coeuraveclesdoigts). Au moins je serai passé sur le live une fois. Elle me dépose sur la fin de Solar berg (elle est dans son deuxième tour). A peine le temps de mater. Bon ben il faut continuer il reste encore du chemin. La fin du vélo se passera bien (hormis le vent évidemment). 5h47 de vélo. Moins bien qu’à Vittoria. Je commence à me dire que la marge de manœuvre pour mon objectif de moins de 12h vient de prendre une petite claque. Mais je ne me sens pas trop entamé donc on verra sur la course à pied. Je me demande comment vont les copains car je sais qu’une fois descendu du vélo, le partie à risque est passée et que normalement tout le monde finira.


Allez c’est partie pour une balade de 42 km principalement le long du canal. J’essaie de ne pas trop me griser au départ. Je croise Antoine qui revient vers la zone de départ, il me dit qu’il est cuit donc en bon rose, je l’engueule. On se tape dans la main et on repart. Peu de temps après je croise Olive_Be. Comme d’habitude, il fait une course à pied d’enfer. Il est fort l’animal. Il fait un peu chaud mais je décide de ne pas m’arroser car finalement sur le canal il y a du vent. Finalement, les jambes sont moyennes. Je passe en mode « même si tu ne vas pas très vite, tâche d’être régulier » et franchement ça marche jusqu’au 25ème. Je croise quasiment tous les autres dauphins. D’abord Raph qui sourit et qui me dit que c’est cool que je sois là. Puis au 12ème je croise Fred qui passe le 24ème. Je fais les calculs : 6 km avant le demi-tour…. Ça va être long. Arrivent Olivier_Bo qui me dit que j’ai belle allure puis Julia qui a le smile aussi. Ça me galvanise de voir les copains qui sont bien. Le vent sur le canal va être chiant aussi donc je me cache derrière un anglais qui avance un poil plus lentement que moi mais mentalement je n’ai pas l’impression de lutter contre le vent. Je le dépasse finalement mais on va se jouer au chat et à la souris plusieurs fois sur le retour. J’arrive au 24ème donc toujours dans les temps pour le marathon en moins de 5h et même si je commence à me dire que cela jouera à la minute à ce rythme, l’objectif sub 12 est toujours d’actualités aussi.
A partir du 25ème, je commence vraiment à avoir les cuisses bien chargées et je me rends compte que mon allure moyenne diminue. Le passage dans la forêt va m’user psychologiquement et les calculs pour savoir su je suis encore dans les temps n’aide pas du tout à me détendre. Heureusement je croise Erwan qui finit en marchant. C’était le seule du team #Abloc que je n’avais pas encore vu. Il me dit qu’il finira « au mental » ça je n’en doute pas je suis déjà hyper content qu’il en ait fini avec sa càp. 200 mètres derrière je vois Raph qui marche aussi avec le sourire. Je suis persuadé qu’il a terminé sa course et qu’il vient prendre des nouvelles des copains. Je lui demande où est la médaille (#paslucide) me répond un truc que je ne comprends pas bien et il veut me prendre dans ses bras pour m’encourager pour la fin de course qui est difficile. Je ne capte pas vraiment je lui fais un check et je continue. A posteriori ça nous a fait rigoler. Cela a au moins le mérite de me rebooster et je reprends du poil de la bête. Les pavés dans la ville sont usants mais la foule et la perspective d’en finir me font avancer correctement vu ce qu’il me reste dans les chaussettes. Arrive la bosse pour monter à Büchenbach (2,3km de montée). Je me surprends moi-même en montant vraiment pas mal la bosse je double beaucoup de monde en perdition mais à ce moment je ne sais pas encore que la descente va être très compliquée du coup. Le demi-tour dans le village puis le retour vers Roth est un long chemin de croix : plus d’essence dans le moteur et dès que la tête prend le dessus et que je cours, mes vastes internes me rappellent à l’ordre tout de suite. Je vois mes objectifs temps s’évaporer mais le moral tient encore. Je croise un français, compagnon de galère. On discute 5 min puis il me lâche. Les allemands sur le bord de la route me pousse pour que je recommence à courir mais si le mental veut bien les jambes me disent vraiment non. Je n’y arriverai finalement que dans les abords du stade où l’ambiance est vraiment top. Je tape dans beaucoup de mains, je récupère beaucoup d’énergie, c’est le pied. Le tour du stade et hop. Roth c’est bouclé en 12h23 : 10 min de plus qu’à Vittoria, totalement concédées sur le second tour vélo.

 



Un peu hagard, je récupère ma médaille et je ne prends pas le temps d’embrasser la jolie demoiselle qui vient de me filer la médaille (#queltacaud). Pendant le tour du stade, j’ai cherché les copains mais je n’avais vu personne. Du coup, une fois la ligne franchi, je broie du noir et en voyant la tête d’Erwan, je craque : objectif pas atteints, deuxième tour vélo moyen... Tout se mélange un peu : content d’avoir fini, fatigué, content de voir les copains, déception du temps… Bref. Heureusement, les potes sont là et me disent que la course a été dure pour tout le monde et que les objectifs souhaités n’ont pas tous été atteints. Ça me réconforte. Le massage et le ravitaillement de classe internationale aura raison de cette déception.
Quel bilan faire de cette course ? Forcément positif. Une belle équipée sauvage (#lesseptssalopards), une course mythique, une prépa bien menée. Malgré une année pas simple professionnellement, je suis bien content de ces 8 mois. Et comme pour Vittoria, encore envie d’y revenir (l’année prochaine ? dans deux ans ?). On verra en fonction des objectifs. Une soirée post course vraiment sympa riche en discussions également et le sourire est de mise. C’est pour toutes ces choses que je fais du sport, depuis toujours. Ces moments de partage et d’effort me font vraiment aimer ce que je fais.
Merci à toute la team à bloc pour les fous rires, les bons mots et nos discussions, merci à XLF pour le plan que j’ai vraiment bien aimé (même en càp), merci au Prez pour les entrainements en càp en tant que poisson pilote et pour les coups de pouce sur la mécanique Vélo, merci à tous les roses pour les entrainements à se tirer la bourre (#mesqueunclub).