Mi-octobre alors que je sufe sur Onlinetri la rubrique ''actu'' annonce l'ouverture des inscriptions pour le championnat du monde de triathlon longue distance qui se déroulent à Belfort. 
Après moultes hésitations je me lance et quelques clics plus tard me voilà inscrit en catégorie d'âge M45-49. 
Je regarde alors le parcours et à ma grande surprise je m'aperçois que le gros défi pour moi sera l'ascension du Ballon d'Alsace........mais je ne peux plus reculer. 
Début janvier je reprends donc le chemin de l’entraînement mais comme d'autres je galère un max avec le climat. Les sensations ne sont pas bonnes, les résultats non plus. 
C'est donc inquiet que je me dirige vers l'Est de la France mercredi dernier et après une étape Parisienne j'arrive donc jeudi à Belfort, ville que j'ai déjà parcouru lors d'un grand prix de duathlon en avril 2004. 

Direction le retrait des dossards où la nouvelle que je redoutais tant tombe : la course qui devait se faire sur un format 4-120-30 se transforme en duathlon en 10-90-20. 
Comme beaucoup, je peux comprendre l'annulation de la natation, mais la diminution du vélo et de la 2ème course à pied m'interpelle. Mais j'y suis donc j'y reste......et je pars illico reconnaître en voiture le parcours vélo et plus particulièrement le fameux Ballon d'Alsace. 
Reco loin d'être inutile que ce soit pour appréhender la montée mais aussi la descente, on le verra plus tard. 

Vendredi, veille de course, alors que je pars m’entraîner 1h00 en vélo sous une pluie plus que Bretonne, l'équipe Brésilienne qui se trouve dans le même hôtel que moi est interloquée « tu pars faire du vélo sous cette pluie !!! ». S'ils savaient........... 

Samedi en route pour Belfort avec Franck Lecuyer qui s'est inscrit sur le CD du dimanche dans le cadre des championnats de France militaire. On parle tactique pour la 1ère course à pied notamment, et surtout la tenue à porter sur la partie vélo car la fédération internationale, devant les conditions climatiques a autorisé le port des tenues perso sur le vélo. 
Après un bref échauffement dû au protocole, le départ des élites, c'est au tour des vagues ''groupe d'âge'' et à 8h31 après une petite blague avec mon voisin Polonais qui se plaint du froid, un comble, le coup de feu claque. 
Départ plutôt rapide d'ailleurs et je me trouve tout de suite dans le dernier tiers du peloton et ça m'inquiète un peu : vais-je être ridicule ? 
J'avais annoncé à Franck, visé les 4 au kilo et sans faire fi de mes camarades de jeu j'essaye de suivre mon cap. Si j'avais reconnu le parcours vélo je n'avais pas fais le tour de la partie pédestre et là 1ère surprise. Au bout de 1400m une côte déjà assez sévère s'annonce (le garmin annonce 600m) et certains commencent à caler. Nous ne sommes plus des jeunes mais championnat du monde oblige quelques concurrents se sont peut-être emballés. Retour sur le plat avec les jambes qui chauffent un peu, je prends un bon rythme jusqu'au 5° kilo où là la surprise est totale. Un mur se présente devant nous et de pratiquement 400m. A la bagarre avec un italien qui a une foulée super élégante (mais finalement va pas plus vite que moi) je m'accroche pour passer cet obstacle en pensant qu'après le vélo il va falloir la grimper deux fois. Malgré tout je passe au sommet avec une moyenne de 4'06 '' et je tiens à faire l'effort pour m'approcher au plus de mon objectif de départ. Petit à petit je fais mon retard et je regagne finalement le parc à vélo en 4'02 ''. Je suis satisfait car au vu du parcours ça vaut largement sous les 4'. 

Comme d'habitude transition moyenne (avec les sacs je galère à chaque fois) et départ pour le vélo ou j'opte pour un maillot manche longue par dessus la tri-fonction et une veste de pluie dans la poche. Je choisis de partir assez rapidement car je sais qu'à partir du 20ème kilo une succession de faux plats montants nous amènent au pied du ballon. Je double un peu mais sans plus malgré un rythme qui me satisfait. L' approche du ballon confirme mes craintes les gars que je double sur le plat me repassent dès que ça grimpe. Sur une petite bosse je dois même me mettre sur le 38x23 et là je flippe car je n'ai plus de réserve. Je me dis que lors du col je vais peut-être devoir mettre pied à terre. En attendant j'appui sur les pédales et soudain nous y voilà mon défi 2013 se présente devant moi. L'avantage de ce col à mon sens, c'est que l'on rentre tout de suite dans le vif du sujet et après 100m je suis déjà sur mon développement mini. Je me concentre un max pour ne pas faire monter les pulses et reste assis sur le vélo. Je me rassure également en m'apercevant que peu me double (j'en double également peu) et que finalement nous sommes tous dans la même galère. Malgré le froid annoncé (3° au sommet) la température du corps monte et je ne souffre pas pour l'instant du froid. Les premiers lacets sont superbes car on surplombe les gars qui sont derrière un peu à la manière du TdF. Ensuite c'est plutôt droit devant avec passage en forêt. Nous sommes d'ailleurs une vingtaine sur 100m et je me surprends à me rendre compte que le silence règne. Pas un bruit, tout le monde la tête dans le guidon. Je ne connais pas ma vitesse de croisière mais je ne veux pas le savoir et j'essaye de retrouver mes repères de la reco pour savoir où j'en suis. Au bout du 7ème kilomètre je commence à trouver le temps long et devient impatient. Ça finit quand ce bordel. Au 8ème kilo l'apparition d'un brouillard épais m'oblige à enlever mes lunettes car je ne vois plus rien et le froid commence à bien se faire sentir. Enfin alors que les jambes commencent à être dans le dur une bénévole m'annonce le sommet à un kilomètre. Dernier coup de rein et je vais enfin pouvoir m'amuser car j'adore les descentes. Vu de la voiture elle m'est apparue rapide et pas trop dangereuse on va pouvoir s'éclater. Virage à gauche, position aéro et comme dis la chanson ''et c'est parti''. 

Un, deux, trois...........je double, je double, on devrait tout faire en descente. Malgré la chaussée rendue humide par le brouillard, je suis sur dans mes trajectoires. C'est alors que je rattrape un japonais à qui je fais l'intérieur dans un virage. Vexé, le monsieur me repasse dans le virage suivant. Comme je t'ai fais l'intérieur mon gars je te montre comment je te passe à l'extérieur. On descend pleine balle mais cette course perso nous oblige non seulement à regarder devant mais aussi derrière. De fil en aiguille je m'aperçois que l'on commence à approcher les limites et l'important étant quand même d'arriver en entier je laisse le kamikaze faire banzaï tout seul. Il me prend 20, 30 mètres et je le vois plus que limite sur un dernier virage. Il se retourne, et voyant que je laisse tomber s’enhardit de plus belle. Pas grave entre ne pas avoir peur et être fou j'ai choisi. Deux, trois lacets serrés plus bas alors que suis debout sur mes freins pour un virage serré, une tache jaune git au sol face et épaule contre terre et gueule comme une vache. C'est mon japonais qui s'est craché sur le bitume tel un ''zéro'' sur un bâtiment US. En plus il est en plein dans la trajectoire et je dois faire un miracle pour l'éviter. En passant je lui lâche un coup de pompe pour l'achever et je repars pleine balle. Non je déconne..........je discute avec un gars qui décide de rester avec lui alors que je descends pour prévenir des secours ce que je fais après un kilomètre. 
Les lacets se terminent et on peut encore accélérer dans des grandes lignes droites. C'est là que je double la brésilienne de l'hôtel que je passe au taquet en lui faisant un petit coucou. C'est le concours ensuite au nationalité, Igor le russe, un ricain avec un nom Polak, un rosbeef, un australien, un néo zed, un canadien tout y passe. Faut que j'en profite car ça se termine et là je vais moins être à la fête, face au vent pour le retour. 
Après deux côtes bien sévères et mon habituel je vous double sur le plat vous me redoublez sur les côtes c'est l'arrivée sur le parc et je suis plus que content de mon vélo. 

Changement dans la boue, toujours aussi lent avec ces putains de sacs, et je pars pour la course à pied. J'ai fait de bons entraînements ces derniers temps et je suis confiant, mais après un kilomètre ça ne va pas du tout. J'ai les cuisses durent et je n'arrive pas à passer la seconde. La 1ère côte fini de m'achever et me voilà déjà dès le début en mode survie. Lorsque j'arrive sur le mur je vois un bon tiers des concurrents qui marchent. Je verrouille le cerveau pour ne pas faire de même mais je vais à peine plus vite qu'eux. Et même dans la partie descendante, vers le parc, je n'arrive pas à relancer. J'attaque le 2° tour avec des pensées négatives, en me disant que le long c'est fini pour moi. Deux ''pings pongs'' me doublent avec leurs petites foulées et je n'arrive pas à m'accrocher. Un français me double avec aisance avant d'aborder pour la dernière fois ce dernier mur. Mais là le bougre, il marche. Il ne faut pas que je m'arrête et j'adopte la tactique du tracteur, j'accroche le sol et je ne lâche rien, doucement mais sûrement. Je le double au 1er tiers de cette bosse et dès la sortie de cette dernière reprends un Jap. Et puis soudain à savoir pourquoi, à partir du 16ème les jambes reviennent, comme çà, d'un coup, et là mentalement je suis soulagé. Et oui, finalement, j'ai changé d'avis, je n'arrête plus le long. Un petit tour devant le stade d'arrivée, allez la France, vive la Bretagne, les gens nous encouragent et après 5h25'32'' je franchi la ligne de ce championnat du monde ITU longue distance. Une première pour moi, certainement une dernière mais au moins, ça c'est fait !!!