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Triathlon. L'homme au tee-shirt noir
22 décembre 2014 - Par Yves-Marie Théréné 
Dernière page du supplément sport du Télégramme

À 50 ans, Bernard Saliou se définit comme un sportif « normal ». Un athlète qui a tout de même bouclé, l'été dernier, le Norseman, l'un des triathlons les plus durs au monde. 
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Petit retour... 25 ans en arrière. Bernard Saliou est un jeune homme qui, jusque-là, n'a jamais fait de sport. À cette époque, la planche à voile est en plein boom et le Finistérien, aujourd'hui domicilié à Lanildut, se prend au jeu. Mais pas de quoi en faire un véritable sportif. 
Le déclic se produit trois ans plus tard lorsqu'il achète un VTT. « Au départ, c'était juste histoire de promener mon chien... » De la balade du toutou à la course, il n'y a qu'un pas qu'il a vite franchi. « J'ai eu une véritable révélation », assure-t-il. 

"J'ai toujours eu besoin de me faire un petit film pour avancer." 
Bernard Saliou

Après l'arrêt du tabac 
Après avoir investi dans un vélo de route, il s'initie à la compétition. « En fait, j'ai commencé à un âge où la plupart des sportifs arrêtent leur carrière. » Celle de Bernard Saliou était lancée et allait le conduire, en août dernier, jusqu'au sommet du Gaustatoppen, colline inhospitalière du sud de la Norvège balayée par un vent glacial, au terme d'un triathlon de folie. 
Le triathlète a découvert le triple effort, il y a 15 ans, à Brignogan et à Plouescat. « Ça me plaisait bien mais je ne savais nager que la brasse... » 
En 2009, il prend une grande décision : arrêter de fumer ! « Pour me motiver, j'ai voulu faire un truc sérieusement. » Ce sera le Tribreizh de Sizun en 2010. Après avoir appris le crawl, il se jette à l'eau et arrive au bout de son premier half-ironman (1,9 km de natation, 90 km de vélo et 21 km de course à pied), non sans difficultés mais avec une énorme envie de recommencer et d'aller plus loin. « J'ai tout de suite compris que c'était le sport qui me convenait. » 
En 2011, il prend une licence aux Dauphins de l'Elorn et dispute de nouveau Sizun, tout en ayant déjà en tête de passer sur la plus longue des distances : l'Ironman (3,8 km de natation, 180 km de vélo et 42 km à pied). « C'est comme les puzzles, on commence par un de 500 pièces, on fait un 1.000 et puis on n'a plus de limites. » 

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« Un patelin qui a quasiment mon nom » 
Le puzzle, version XXL, de Bernard Saliou se nomme Salou, en Espagne. « C'était un joli clin d'oeil de faire mon premier Ironman dans un patelin qui a quasiment mon nom. » 
Nous sommes en mai 2012 et le tout jeune triathlète garde un super souvenir de son périple en Espagne, malgré une course à pied « horrible » où il marchait dès le premier kilomètre. « J'ai franchi l'arrivée en larmes. » En janvier 2013, le « nouvel homme de fer » visionne un reportage sur Canal +, intitulé « Dans l'enfer du Norse ». Il est subjugué par ce qu'il voit. Le Norseman est un triathlon unique au monde où les concurrents se jettent de nuit d'un ferry pour nager dans les eaux froides d'un fjord. Ensuite, ils enchaînent avec 180 km de vélo sur un circuit comportant 3.500 m de dénivelé et ils terminent par un marathon dont les derniers kilomètres s'apparentent plus à de l'escalade qu'à de la course. 
Pour se lancer sur une telle épreuve, il faut un peu de folie mais aussi une grosse part de chance car les Norvégiens « n'offrent » que 100 places aux concurrents étrangers. Cette année, ils étaient près de 1.000 à tenter leur chance lors du tirage au sort. Parmi les heureux gagnants, Bernard Saliou ! « J'ai reçu un petit mail de rien du tout, tellement petit que j'ai dû le lire à plusieurs reprises pour comprendre que j'étais bien inscrit. » 
Le triathlète a alors six mois pour se préparer, à raison de 20 heures par semaine. « Je ne suis pas une Formule 1, ni un pur-sang mais je suis plutôt solide et j'ai la pêche. » 

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Bernard Saliou, à l'arrive du Norseman au sommet du Gaustatoppen, ici en compagnie de sa compagne, Marie-Noëlle.

« Je ne l'ai pas supporté » 
En Norvège, le 2 août dernier, le Finistérien l'a prouvé en bouclant le Norse et ses difficultés à la 78e place au bout de 14 heures d'effort. « Le plus dur, ça a été le climat », assure le météorologue à Guipavas qui a eu le privilège d'escalader le Gaustatoppen et de recevoir le fameux tee-shirt noir réservé seulement aux 160 premiers. Les autres sont privés de l'ascension du légendaire mont et doivent se contenter d'un tee-shirt blanc. Le Norse est impitoyable. 
« Les cinq derniers kilomètres, on est dans un véritable chemin de chèvres et on doit le gravir avec un accompagnateur. » Bernard Saliou avait choisi de boucler sa course avec sa compagne. « Depuis six mois, on s'imaginait franchir la ligne d'arrivée ensemble... » Le moment de magie ne s'est pas tout à fait passé comme prévu. La faute à son instinct de compétiteur. « Dans les 500 derniers mètres, un concurrent m'a doublé. Je ne l'ai pas supporté, je suis allé le chercher mais, du coup, j'ai lâché ma compagne. J'ai un peu gâché la fête... » 
Le Norseman avalé et digéré, le triathlète a d'autres projets en tête. « J'ai toujours eu besoin de me faire un petit film pour avancer. » Bernard Saliou aimerait aller voir son petit frère à San Francisco. « Et pourquoi pas faire l'Ironman d'Alcatraz ? » Où, c'est promis, il ne s'échappera pas sans sa compagne...

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