Comme demandé par Stéphane voici un résumé de mon périple à Roth, la Mecque du triathlon européen : c'est le slogan qui le dit.
 
Mercredi 20 J-4 17h30

La voiture est chargée, le check-list du matos, de l'alimentation et de tous les petits détails qui font la différence (du moins on le croit par superstition) ont été vérifiés et revérifiés, nous pouvons donc partir Christelle et moi pour une première étape jusqu'à Paris.

Jeudi 21 J-3 08h30

C'est avec un peu de fébrilité que je prends la direction de Roth. Et oui cet après-midi, pour la deuxième fois j'arriverai en Allemagne et je commence un peu à rentrer dans la course. Car ma grande inquiétude qui ne cesse de croître après plusieurs infos de sources différentes concerne la météo le jour de la course. Et comme chez nous en ce moment elle n'est pas vraiment pas très bonne.... Mais bon l'espoir fait vivre, donc secrètement j'y crois.....

Jeudi 21 J-3 17h00
 
Arrivée sur le site de Roth, je me précipite pour récupérer mon dossard (ouf je suis bien inscrit on ne sait jamais) puis ensuite c'est la visite du village expo (pour ce qui aime le matos, il y a de quoi). Je suis bien car se sentir dans ces lieux permet déjà de toucher son rêve du doigt. Après un petit tour rapide du propriétaire c'est le départ sur Nuremberg, la prise en compte de la chambre et un petit footing pour éliminer les ''toxines'' du voyage. Pas de vent mais un ciel nuageux qui fait toujours un peu peur. Maintenant il faut faire dodo, le travail se fait dans la récupération dit-on.
 
Vendredi 22 J-2

J'ai décidé de prendre une journée de repos et nous partons à la visite du centre ville de Nuremberg situé à l'intérieur d'une enceinte médiévale. Visite qui vaut le détour, restos sympas, magasins pour le shopping (les soldes ont déjà commencé chez nos voisins ''teutons'') et quelques photos complètent notre journée. Finalement un repos relatif car plutôt actif. Nous faisons pas mal de marche mais l'angoisse (celle dont je vous parlais précédemment) fait place à l'horreur. Je suis un gaulois n'est ce pas et le ciel nous tombe sur la tête ou plutôt des averses d'hallebardes qui nous obligent à manger sous abri. Et ça, je le sais vous me comprenez, ça commence à me stresser grave comme on dit. Fin d'après-midi retour sur Roth pour la pasta-party et pour moi c'est toujours là que les frissons commencent. Un chapiteau énorme, des athlètes en veux-tu en voilà et une première présentation de trois triathlètes qui sont les seuls à avoir participer au vingt éditions de Roth. Imaginez les péquins moyens que nous sommes, monter sur une estrade devant plus de deux mille personnes qui vous applaudissent à tout rompre. Et bien je vous le dis ils étaient émus les gars  et l'un d'entre eux passait du régime des grandes apnées à la respiration saccadée pour éviter de chialer, les larmes lui picotant les yeux. Comme dirait Nicolas Hulot séquence émotion. Ensuite après quelques pâtes mangées rapidement (pas le moment de prendre du poids, le détail toujours le détail) présentation des pros et de mon idole Chris Mac Cormack. Un Macca super cool, super à l'aise, super favori, enfin super super quoi.........Retour à l'hôtel pour une nuit qui se doit d'être bonne, c'est la dernière séance de récupération car demain elle devrait être plus courte et plus nerveuse.

Samedi 23 J-1 08h40

Ce matin j'ai décidé de rouler vingt petits kilomètres. Les sensations sont bonnes mais des bourrasques de vent et des averses me mettent la pression. Et dire qu'à la pasta ils ont annoncés du beau temps pour la course. Je n'y crois plus beaucoup.........Après midi direction Hiltpoltstein et le parc à vélo. Remise du sac de course à pied. Moment toujours impressionnant car mes amis du matos (Cervelo, Look, Kestrel, Secialized, et consort rivalisent de beauté) il y en a et ce parc à vélo mama mia, il est toujours aussi gigantesque. Le vélo est déposé, le parcours à l'intérieur du parc reconnu c'est maintenant la reconnaissance du parcours pour arriver sur les différents sites que nous commençons afin que mon photographe officiel soit bien présent sur les points clés de la course. Ceci étant fait c'est le retour à l'hôtel et tout de suite dodo, demain c'est le grand jour, celui pour lequel je m'entraîne depuis plusieurs mois. Vais-je tenir mes objectifs, that is the question?

Dimanche 24 Jour J, D Day 03h50

Et oui vous ne rêvez pas c'est l'heure à laquelle le réveil a sonné. Pas de petit déj embarquement immédiat pour Hiltpoltstein en espérant trouver une place de parking idéal. Et oui Roth est connu dans le monde entier pour son triathlon mais Roth et Hiltpoltstein sont aussi des villes plus petites que Landerneau. Donc il y a quelques inconvénients et les places de parkings en font partie. 04H45 nous arrivons sur place, parking sans souci et je peux maintenant attaquer le petit déjeuner. Les voitures se succèdent et les premiers athlètes se dirigent au marquage. La 1ère vague natation démarre à 06h20, je suis prévu pour la 5ème à 07h10. Ah oui j'oubliais, la météo !!! Et bien le miracle a eu lieu, ciel d'un bleu azur est dégagé pas un pét de vent ne vient troubler le calme du matin. Du coup l'espoir renaît et les objectifs sont revus à la hausse. D'ailleurs mes objectifs parlons-en. Il y a deux ans j'ai bouclé Roth en 11h57'58''. Je me suis donc fixé plusieurs buts : le 1er battre mon temps tout simplement, le deuxième et j'y crois passer sous la barre des 11h45, le troisième et ce serait exceptionnel la barre des 11h30, le miracle lui se situe sous les 11h15 mais là je suis à Roth et non à Lourdes alors.... A six heures je rentre dans le parc, vérification de la pression de la bête, (je parle du vélo), discussions avec des anciens rencontrés il y a deux ans et attente du départ des pros. La sono commence à crasher un max et au moment du départ le speaker chauffe l'audience, spectateurs et triathlètes  frappent dans leurs mains. 06H20 c'est parti, le coup de canon annonce le début d'une grande journée. Seulement 20' minutes avant le départ j'enfile la combinaison, le speaker annonce les classements des champions. Je suis plutôt zen et surtout la météo m'a donné une confiance d'enfer. C'est vrai que parfois il ne nous faut pas grand chose, nous sommes si fragiles....07h05 je rentre dans le sas de transition pour la natation les premiers pros arrivent dans une ambiance de folie car en plus c'est un allemand qui sort en tête de l'eau. Quand à moi j'y rentre tout doucement, je cale mes lunettes, quelques mouvements de crawl et je rejoins la ligne de départ et puis...........

Dimanche 24 Jour J 07h10 LA COURSE

La natation : c'est parti et contrairement à la précédente édition où j'avais collé la berge je décide de prendre le milieu du canal. Le début de course s'annonce plutôt bien mais après 10-15' je sens que ça ne colle plus trop. Je suis à la base un mauvais nageur mais là je sens bien que ça ne va pas et que je dois me battre, je n'arrive pas à trouver mon rythme. Je commence alors à lever la tête pour chercher les bouées et apercevoir le pont du demi-tour. J'essaye de verrouiller mentalement, de me rassurer en me disant que ce n'est pas sur la natation que la course se gagne. Mais j'ai toujours autant de mal à m'approcher de ce foutu pont et surtout les premiers bonnets de couleurs oranges annonçant les nageurs de la vague suivante commencent à me doubler. Le dauphin de l'Elorn à plutôt l'air d'une clé à molette que d'un exocet. Et dire que mon signe zodiacal est poisson!!! Malgré tout et après de gros effort j'atteins le pont et entame mon retour sur le parc à vélo. Vous y croyez vous? Les premiers bonnets rouges arrivent bientôt suivis des bonnets bleus. Le seul point positif c'est que je me bagarre avec quelques bonnets blancs (celui que je porte) pour jouer à celui qui sera le moins nul. Et oui il faut éviter le bonnet d'âne. Je me bats toujours et finalement cahin caha me rapproche des tentes de transition. Un dernier demi-tour et c'est la montée des marches (et pour moi celles-ci valent largement celles de Cannes) Et oui c'est enfin fini!!! Pour la 1ère fois je clic sur ma montre que je m'étais refusé à regarder pour ne pas me saper le moral. J'espérais 1h20, je sors en 1h28 mais mon record est à 1h25 je peux donc laissé ma déception de coté, tout espoir n'est pas perdu.

Comme à mon habitude la transition s'effectue en douceur. Je me sèche tranquillement même si la bénévole souhaiterait que je sois plus rapide pour ranger mes affaires. Et oh qui est-ce qui court!!! Une petite pause pipi et direction le vélo pour moi la course va enfin pouvoir commencer.

Le vélo : je me sens tout de suite à l'aise et ces routes allemandes, du vrai billard. Je commence une sacrée remontée et je ricane intérieurement à chaque fois que je double un concurrent. Et oui nager c'est bien mais si c'est pour rester scotché sur le vélo... Ma petite revanche après mon bouillon!!! On devrait avoir des casques de couleurs si vous voyez ce que je veux dire. Les dix premiers kilos sont avalés à plus de 34 de moyenne, je ralentis un peu, surtout ne pas s'emballer. J'ai encore en mémoire ma dernière galère de 2005 où j'en avais bavé du 120 au 150 kms. Malgré tout je remonte toujours des gars et je passe les premières bosses sans souci et sur la plaque siouplait (même si la mienne n'est pas très impressionnante, j'ai opté pour un 50). Il est clair que dans les descentes je ne suis pas le plus rapide mais sur le plat ou faux plat montant et les bosses, la souplesse du 50 m'avantage. J'avale les kilomètres sans compter avec un moral au beau fixe et j'aborde la première grosse difficulté Greding au top de ma condition. Là encore tout se passe bien. La moyenne se stabilise à 32 quand je me dirige vers l'Alpe d'Huez de Roth je vous parle du fameux Solar Berg. Et là surprise, à un kilomètre du but, la voiture de direction de course me double, avec dans sa roue les motos officielles et à la suite Macca himself qui discute avec le numéro 3. J'emmanche derrière car grâce à eux la route sera libre sur le Solar. Ils prennent deux cents mètres et tournent à droite c'est bientôt mon tour. Et voilà pourquoi une fois que vous aurez monté le Solar Berg une fois vous voudrez toujours revenir au moins une autre pour goûter au grand frisson. Car au bout de cette ligne droite déserte et après ce virage, se dresse une côte de 400 mètres. Mais si vous voyez le début de cette côte vous n'en voyez pas la fin car la route est envahie par des milliers de spectateurs. En effet dès la fin des barrières la foule se jette sur la route fait la hola et ne s'écarte qu'à votre passage en vous hurlant des encouragements. Le tour de France dans les étapes de hautes montagnes, c'est tout à fait ça. J'ai des frissons aux bras et je grimpe cette montée sans la sentir porter par la ferveur des supporters. Un petit coucou à Christelle qui m'attends depuis un moment l'appareil photo en bandoulière et je fonce vers le sommet. C'est ensuite le retour au calme et la plongée vers la fin du premier tour 20 kms plus loin. 90 kms mi-parcours je tiens toujours les 32 mais le vent commence à faire son apparition et je ne regrette pas de m'être économisé. Car à partir de maintenant si je veux atteindre mon objectif il va falloir appuyer sur les manivelles. De village en village la longue file des coureurs se démènent pour atteindre son but quand un de mon problème majeur fait son apparition. Et oui lorsque je me dépense j'ai toujours beaucoup de mal à boire et surtout à m'alimenter. Du coup mon estomac crie famine malgré mon manque d'appétit. A chaque ravito je me force alors à manger une demie banane pour éviter la fringale. Les kilomètres s'enchaînent et à part une petite engueulade avec un drafter de première rien à signaler. Le Solar Berg sur ce deuxième tour est moins impressionnant car une grande partie des groupies est partie à Roth pour suivre la course des ''grands'' mais comment les en blâmer. J'arrive maintenant en vue du parc à vélo et suis relativement frais. Je tiens les 32  mais maintenant je sais que le plus dur va commencer. Roth est mon troisième Ironman et mon expérience me rappelle que la transition vélo course à pied est bien la plus difficile à gérer. D'ailleurs la mienne je la gère pépère et je récupère même un peu assis sur le banc. Toujours la pause pipi et en avant.

La course à pied : tout de suite je remarque que le soleil chauffe dur (pas comme chez nous en ce moment) et il va falloir s'arroser et s'hydrater. Je croise Markus Forster dans mon deuxième kilomètre puis Luke Dragstra et enfin Damien Favre-Félix. Je les imagine entre la 3° et 6° place. Ils feront en fait 7, 8 et 10. Les premiers cinq kilomètres sont durs, très durs. Mon ventre semble se ballotter dans tous les sens et j'en bave un max même si les jambes sont légères. Après une descente assez raide la remontée vers le canal l'est tout autant du moins pour un marathon. Je décide de ne pas taper dedans mais puis-je à ce moment taper dedans? Au bout d'environ 3,5 kilomètres arrivée sur le canal. Là, le profil est totalement plat et j'enchaîne mentalement une série de course sur 5kms. Je suis super régulier que ce soit dans ma course mécanique ou dans ma manière de me ravitailler. Eau mélangée avec du coca, éponge sur la tête et pastèque ou kiwi sont au menu. Je ne fais que doubler des concurrents et même si je ne vais pas vite je ne m'arrête jamais. Je passe au vingt kilomètres en 1h54. Les jambes sont bonnes mais si je veux accélérer une grosse douleur au niveau du ventre me rappelle à l'ordre. Je suis un peu déçu mais je me console en me disant qu'à cette cadence mon record devrait tomber. Sur le bord de la route je croise quelques gars en train de vomir voir même pour un d'entre eux une prise en main par le corps médical. J'ai une petite pensée pour eux car je suis déjà passé par là et je sais ce qu'on peut ressentir dans ces moments de détresse: un sentiment d'échec mais surtout d'impuissance. Tout au long de ce canal des spectateurs à pied ou en vtt m'oblige un peu à zigzaguer mais d'un certain côté cela évite la monotonie du parcours et casse ces longues lignes droites interminables. Cinq par cinq j'enchaîne la distance  et arrive enfin dans les deux derniers kilomètres. Je sais maintenant que j'arriverai au bout mais également dans un bon temps. Je n'ai pas pris de chrono sur la distance totale depuis ce matin et je n'ai pas d'idée exacte sur ma performance. Plus la dernière ligne droite approche plus la foule est de nouveau présente. On entend maintenant le speaker haranguer la foule et on se sent pousser de nouveau des ailes. C'est alors l'arrivée finale dans l'arène. J'aperçois Christelle sur le coté qui m'encourage et je continue mon chemin. Encore 200 m et je serai à nouveau finisher. Je suis heureux et communie du geste avec la foule. Top, il est environ 18h30 (mais je ne le sais pas encore) je suis sous l'arche du chrono. Je suis heureux et pose pour les photos prises par Christelle. On souhaiterait rester plus longtemps sur cette ligne d'arrivée pour savourer l'ambiance et le travail accompli mais maintenant il faut à nouveau s'engager dans une course tout aussi importante, c'est celle de la récupération et du masseur. 
 
L'après course : c'est en attendant devant la table de massage que je commence à réaliser en regardant l'heure, que j'ai réalisé (pour moi bien entendu) un super chrono que j'estime, la fatigue aidant, à 11h30. Je vous avais dit exceptionnel n'est ce pas et je suis super content. Par contre pourquoi avons nous toujours cette même impression que le massage des gars devant nous dure une demi-heure quand le notre semble durer 10 mn. Ce premier réconfort étant passé je récupère mon diplôme de finisher et là je n'en crois pas mes yeux : 11h19'42'' c'est l'euphorie !!! Je rejoins alors Christelle après avoir engouffré (le mot n'est pas trop fort, un sandwich à la mortadelle). En échangeant tous les deux nos impressions je me rends compte que la vie de supporter est parfois aussi difficile. Car des heures d'attente sous le soleil allemand ne sont pas de tout repos. Pour preuve elle a fait une insolation et a un mal de crâne terrible. Une expérience a retenir pour une prochaine édition : le bob ou le chapeau mexicain est obligatoire pour les groupies qui se respectent.
Je récupère mon vélo assez rapidement et déclare que cela devrait être mon dernier Ironman. En effet les cinq premiers kilomètres de course à pied me laissent un goût amer et la souffrance que j'y ai subie me laisse aller au délire. Et oui je souhaite arrêter la distance, la décision est prise. Arrivée à l'hôtel coup de téléphone à ma fille pour obtenir les résultats sur le net et surtout si j'ai mon temps je n'ai pas mon classement. On m'annonce 990 et je suis comblé car je souhaitais passer sous la barre des 1000.
 
Lundi 25 08h30
 
Direction plein ouest et notre bonne ville (bien pluvieuse) de Brest. Tout au long du parcours je refais un peu la course. Je commence à revoir les détails à corriger, les points à améliorer. Mais non c'est vrai j'ai dit que c'était le dernier. Pourtant en arrivant à la maison et en ayant vérifier le classement (corrigé à 989) et les temps de transition je me rends compte que la barre des 11 heures est à porter de main. Et d'un coup c'est reparti comme en 14. Aussi vite que j'avais décidé d'arrêter je prends la décision de résigner pour 2009. Et oui c'est cela la magie de Roth. On y bave, on y souffre mais c'est tellement bon qu'on souhaite y retourner.
Voilà Stéphane comme tu me l'as demandé c'est mon ''petit'' compte-rendu de Roth. Tu m'as dis que des gars du club sont partant pour 2009 et bien j'espère en être. Pour la barre des 11 heures et une montée du Solar bien sûr. Pour l'anecdote Christelle a vu des gars, pris par l'émotion, pleurer lors de cette montée.... Je trouve ça génial et je dis alors comme le slogan Roth c'est la Mecque du triathlon.