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Bilan d'un Echec


"Looser , je suis vraiment un looser " !! C'est mon état d'esprit en me mettant au lit en ce soir du 15 Août après avoir abandonné sur le triathlon d'Embrun. Pour savoir ce qui m'a mené à ce constat, revenons à ces quelques jours avant et pendant la
course.

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(Photo: Florence Touvron)


Avant Course

Mercredi 12 après un long voyage, nous voilà arrivés dans les hautes Alpes, on prend possession de notre chalet à Crots. Très agréable logement que Florence avait trouvé. Le chalet est top, la préparation qu'Arnaud nous à concocté doit me mener sur la ligne d'arrivée (comme d'habitude), le climat est bon pour un breton (22/23°). Je suis décontracté, un peu trop peut-être !! Le Jeudi nous retrouvons le reste des Dauphins sur les bords du lac, alors qu'ils partent nager je préfère rester traîner à ne rien faire et regarder la course des pros. le Vendredi, paddle sur le lac avec les enfants, l'après-midi petit tour de vélo mais très gros orage qui me fait rentrer précipitamment. Puis dépose du vélo et photo de groupe sous un vrai temps d'hiver breton.

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(Photo: Florence Touvron)


Jour de Course

Levée à 3h45 pour tous, c'est tôt. Descente et rentrée au parc. Il fait nuit et le calme règne. Je suis au bout d'une ligne avec la légende vivante, l'homme au tee-shirt noir, le cactus de Lanzarote... en un mot le "Bernard Saliou". On discute un peu avant que monsieur ne joue la star de la télé (baltringue). Les autres me paraissent très concentrés (pas moi) puis c'est la procession vers la ligne. Tous les athlètes sont ou paraissent tendus (pas moi). Quelques applaudissement des athlètes pour se motiver et c'est le départ. Pas trop de baston et le fait de nager de nuit est moins impressionnant que je ne le pensais mais c'est un peu galère pour ce diriger. Le premier tour se passe bien mais au début du second un gars me passe et je sens une odeur de camphre et entre le gout de l'eau et le camphre, ça me provoque un énorme "rot" qui manque de me faire vomir. Le reste du parcours se fait avec un goût de vomi dans la bouche et de mauvaises sensations.

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(Photo: Marie Protat)

Changement de tenue intégrale. Quelle surprise de voir Pierre, Bernard déjà là et Patoche qui se pointe aussi !! Bon du coup je sors dernier du parc, mais pas de panique la route est longue. 


Première bosse, 6,5 km je vois Florence et les enfants sur le bord de la route mais eux me voient de justesse. Je me fais doubler par beaucoup de monde mais je m'y attendais. François et Marie sont aussi là. La descente se fait facile et je vois Alain sur le côté qui encourage à tout va… j'ai dû l'entendre 2km …Puis retour sur Embrun pour commencer à grimper : Balcon de la durance, Vallée du Guile , je reprends plein de monde c'est cool. Arrive la montée d'Arvieux, ça devient dur, c'est long en ligne droite pas très pentu, 7/8%, mais je suis déjà sur le 34 x 27. C'est pas bon, puis montée de l'Izoard, 14 km à jouer entre le 24 et 27 la c'est trèèèès long, je ne double plus personne. C'est l'inverse qui se passe, je n'ai plus de force et
suis même obligé de m'arrêter dans un lacet pour boire.

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Le sommet montre enfin le bout de son nez, je vois Marie-Noëlle, Florence et les enfants en haut qui sont frigorifiés. Il fait 8°, il pleut et il y a du vent. Je suis épuisé, autant je n'ai jamais eu froid depuis le début, même chaud dans la montée, là je commence à être frigorifié, je vais vomir derrière la tente des secours. Les filles essayent de me motiver pour repartir mais le coeur ni est plus. Je dois prendre une décision, soit je fais la descente en espérant me refaire mais en sachant qu'il reste encore 60 km de montagne ou je rentre dans la voiture avec tout le monde et la course se termine.

Je prends la seconde, cette décision qui fait si mal, celle d'abandonner. Je passerai encore plus d'une heure à grelotter et trembler malgré le chauffage de la voiture et ma couverture de survie sur la route du retour. Je récupère mes affaires au parc et rentre la tête basse à la maison sans avoir le courage ni l'envie de voir les autres gars du club terminer cette course.


Analyse de cet abandon : Plusieurs choses après réflexion me viennent à l'esprit

-J'ai complètement raté un point important de la course : l'alimentation, depuis le début je ne me suis pas assez alimenté, est-ce dû au fait que depuis la natation j'ai été barbouillé? Le temps frais et humide et une forte gène stomacale ne me "motivait" pas à boire régulièrement car en haut de l'Izoard, au bout de 4h50 de vélo, je n'avais bu qu'un bidon de 750 ml et mangé 1 sandwich triangle + ½ banane. Ce qui ne m'étonne plus d'être arrivé épuisé en haut du col , je n'avais simplement plus "d'essence".


-Je n'ai pas pris cette course assez au sérieux, et ça je m'en rends compte maintenant, même si j'ai déjà fini 4 fois la distance, je suis arrivé un peu trop relax. La veille de la course par exemple je partais au Super U pour voir ce que j'allais manger sur le vélo et mettre au ravito perso, c'est pas sérieux. Je n'ai fait aucune reco sur place ni même fait le moindre entraînement les trois jours avant l'épreuve car je n'en n'avais pas envie. Le matin de la course sur la ligne de départ je n'avais pas cette émotion qui vous saisi en vous disant que vous êtes sur LA course de l'année, celle qui vous apris 5 mois de l'année à vous entraîner, à faire des concessions et à être moins présent à la maison…

-Avais-je vraiment envie de prendre le départ ? je me pose encore la question, n'ai-je pas pris le départ parce que les autres y allaient aussi et que je voulais faire partie du groupe alors que les autres années je faisais surtout les courses que j'avais envie de faire. Ou alors c'était pour faire lacourse mythique, celle qui fait bien dans un palmarès (dont tout le monde se fout) mais qui vous fait paraître d'un oeil différent aux autres triathlètes qui se disent "ouah ce mec il a fait Embrun ".

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(Photo: Florence Touvron)
Des questions, des avis, des solutions, j'en aurai certainement d'un peu tout le monde et de moi-même, des "si tu avais fait ça", "tu aurais du faire ça", …..avec des "si" on fait beaucoup de choses mais maintenant c'est fait et je ne reviendrai plus en arrière.


Oui j'ai la déception de ne pas avoir fini, mais pas le regret de ne jamais avoir essayé.