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L’EMBRUNMAN 2015, une folie douce entre potes ?

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(Photo: Valérie Sizun)

Un bruit de couloir circule cette année chez les dauphins de l’Elorn.

Le projet club de l’année 2015 serait de s’attaquer au mythique Ironman d’Embrun, considéré comme le plus dur au monde.

Que se passe t-il dans la tête des gars pour vouloir s’inscrire à cette terrible course ?

Je n’y crois pas trop car trop difficile et moi je partirai dans l’inconnu car je n’ai jamais gravi de grands cols.

Pourtant très vite je me trompe et je vois que de nombreux triathlètes du club sont motivés par le projet : certains s’inscrivent même très rapidement. 

Moi, j’hésite.

En effet je reste sur une année 2014 assez mitigée. Certes je suis à nouveau finisher de l’ironman de Lanzarote mais à quel point : je retiens surtout cette énorme souffrance sur le marathon.

Et puis ce gros raté et gâchis à Vichy où à cause d’une belle gastro, j’ai dû abandonner la course.

Trop gourmand peut-être ?

Mais sur le papier, c’était un beau challenge de s’imposer 2 ironman la même année.

Je ne suis pas sûr d’être prêt à souffrir de nouveau.

Et vouloir me rassurer en partant sur l’Embrunman après ma petite claque de 2014 n’est peut-être pas un choix judicieux et complique ma prise de décision.

Gros dilemme car je sais que préparer un ironman à plusieurs est quand même plus sympa et passer des vacances en montagne dans les Alpes pourrait être top.

Je prends très vite une 1ère décision : je réserve mes vacances là-bas, je suis la préparation avec les autres inscrits et on voit comment ça se passe.

Dieu nous concocte encore une fois un programme aux petits oignons.

Avec mes fidèles compagnons d’entrainements (mes 2 frères Pascal et Hervé, la Patoche et un sacré rookie « le fredo »), c’est parti pour quelques mois.

J’enquille plus ou moins facilement la prépa.

De cette période, je retiendrais les longues sorties vélo dans nos monts d’Arrée (jusqu’à 7h30), les balades jusqu’à Pontivy (avec Pascal qui boude à cause du vent mais qui me met une belle cartouche l’après-midi sur le duathlon) et jusqu’à Plouay où avec mes 2 frères on fait une très belle course en équipe.

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(Photo: Florence Touvron)

Je garde en mémoire Pascal qui saute à Loqueffret là où quelques années en arrière on avait fait sauter Stéphane Monfort.

Je revois aussi mon gros Hervé avec sa roue pleine qui n’arrive pas à nous suivre dans les bosses ou qui nous agace avec une chaîne qui « chante » pendant 2 heures et qui se rend compte qu’elle était montée à l’envers.

Je me rappelle d’un Patoche toujours de bonne humeur, au top de sa forme, qui a soif de revanche et qui crie tout le temps : « j’ai faim »…

Et que dire de notre rookie Fredo, exemplaire, très régulier et courageux tout au long de la prépa, avec toujours le sourire aux lèvres : un exemple à suivre pour tous.

Du coup, avec tout ce beau monde, les entrainements s’enchainent et la forme arrive. Je perds même pas mal de poids et me retrouve à 63kg (ça m’aidera dans la montagne).

Les BTD passent bien et même les grosses sorties à pied sont un réel plaisir (si ce n’est Dieu qui se fera une belle entorse).

Tout est au vert, me voilà rassuré et mi-juillet je me jette à l’eau et m’inscris enfin pour le fameux embrunman. Malgré tout, je pense qu’on n’est pas conscient de l’énorme tâche qui nous attend.

La fin de la prépa se déroule sans souci et toujours dans la bonne humeur. Un peu d’intox s’installe même entre nous : il paraît que comme d’habitude je vais bâcher au 80ème km à vélo.

Ah bon ?????

Pas de souci, cette rumeur me motive encore plus.

Dernière décision : quel vélo prendre ?

Et c’est Nicolas, le mécano de chez Coroller qui va m’aider dans mon choix. Il me conseille de prendre mon vieux décathlon (10 ans déjà) qui a un triple plateau qui m’aidera à gravir les cols et surtout qui sera plus maniable dans les descentes. Je suis ses conseils, ça me fera un challenge supplémentaire et ça changera des bêtes de course présentes dans le parc à vélos (on ne risque pas de me le voler).

Enfin début août arrive. Il est temps. Val et les enfants ont hâte aussi de partir. C’est vrai qu’on va découvrir une nouvelle région et que cela attise la curiosité de toute la famille. Et je leur dois bien ça car en 2014 ils n’étaient pas venus à Vichy.

Arrivée sur place le 7 août, très tôt pour s’acclimater à la montagne. Choix très judicieux car les reconnaissances à vélo font peur : ça n’a rien à voir avec nos côtes des monts d’Arrée. Il va falloir mouliner et être très patient.

Une dernière reco et quelle reco avec Hervé et Colin le mardi matin pour monter le fameux col d’Izoard : 47 minutes pour Colin et 1h06 pour Hervé et moi.

CR_Yann_03.jpg(Photo: Valérie Sizun)

Quel plaisir de gravir ce col mais que ce fut dur. Ca promet le jour de la course. A certains moments, j’ai l’impression de me retrouver en 2013 à Lanzarote où quand je découvrais le parcours vélo, je me disais : « mais dans quelle merde je me suis mis ? »

Et encore je ne parle pas de Chalvet ou de Pallon et des descentes sous la pluie…

Une chose est sûre, j’ai eu raison d’arriver tôt et de pouvoir découvrir et appréhender un peu les parcours.

Je n’ai pas parlé de mon objectif : je veux juste être finisher, redécouvrir le bonheur de passer la ligne qu’importe le classement et le temps. Après j’espère finir entre 14h et 15h et être un «day finisher ».

Un petit bémol de cette 1ère semaine, c’est la foule à Embrun et au lac avec ces pseudos sportifs triathlètes aux corps bronzés, musclés, épilés avec leurs superbes vélos de compétitions et leurs combis de natation toutes neuves ; c’est la course au : « m’as-tu vu ? ».

On a l’air de quoi nous les petits dauphins de l’Elorn avec nos combis trouées, nos poils sur le torse et nos ventres arrondis. On dirait une bande de M&M’S sortis de nulle part.

Samedi 15 août : la course

On se retrouve vers 5h au parc à vélos.

La tension monte. Même Pascal ne rigole plus. Il faut dire qu’il a oublié de recharger son garmin. Pas grave, en tant que frère, je le dépanne en lui prêtant ma montre chrono qui de toute façon ne me sert à rien sur le marathon.

Dernière accolade, derniers regards vers la famille et les supporters et c’est parti.

J’ai pour espoir de battre mon record sur la distance qui est de 1h07. Malgré tout, depuis Lanzarote, j’ai toujours une petite appréhension au départ. On est 1300 et je voudrais éviter les coups. Les sensations sont très moyennes, mes lunettes prennent l’eau et au bout du lac c’est la bagarre pour se faufiler entre les bouées. 2ème tour et toujours pareil, tant pis, ce n’est pas cette année que je battrais mon temps. L’essentiel est d’être toujours entier. Je sors de l’eau et la 1ère personne que je vois, c’est Colin qui m’annonce que Pascal est juste devant moi. Ca confirme mes sensations moyennes. Et là j’entends mon fils Ewen qui hurle : « Papa, tu as battu ton record !!! » Je me retourne et regarde le chrono : 1h03… Super, la course débute bien.

Transition rapide en compagnie de mes 2 frères. Je me serai cru à Plouay avec Hervé qui peste car il fait une transition de merde et Pascal qui n’arrive pas à enfiler son maillot de vélo sur son dos mouillé.

Un vrai sketch…

Du coup, je pars juste derrière Hervé et c’est parti pour les 188 km de vélo.

Parfait, j’aurais un repère pour le début du vélo et je m’attends à être rejoint rapidement par Pascal.

Je reviens en haut de la 1ère bosse sur Hervé, on croise nos 1ers supporters (la famille Protat). Dans la descente vers Savines, un drapeau des Dauphins flotte dans l’air : c’est excellent, c’est Alain M. qui nous encourage.

Fin de la 1ère boucle avec passage à Embrun devant le club des supporters (famille, enfants et femmes des autres triathlètes). La remontée vers Baratier est incroyable, à en donner des frissons comme si on était au tour de France.

Je suis toujours avec Hervé et les jambes vont bien. Je trouve surprenant que Pascal ne soit pas déjà revenu sur nous.

Je me dis que je vais calquer mon vélo sur la course d’Hervé un maximum de temps. Ainsi cela va me canaliser et j’appuierai moins sur les pédales.

Attention, avant que les choses soient mal interprétées et Hervé pourra le confirmer, quand je dis calquer, ce n’est pas sucer ses roues pendant 188 km mais être à distance réglementaire, voire plus.

De toute façon, on va passer une bonne partie du vélo à se doubler (j’avais l’impression par moment d’être en sortie club le dimanche matin).

Les paysages défilent et nous voilà au pied de l’Izoard.


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(Photo: Marie Protat)

C’est parti pour 14 km d’ascension, la 1ère partie se déroule tranquillement, je laisse Hervé au ravito avant Brunissard et finis la montée seul. Les derniers kilomètres sont difficiles mais que d’émotion d’arriver en haut. On retrouve des supportrices (Séverine et ses enfants, Marie-No et la famille Touvron).

Pause déjeuner qui va durer plus longtemps que prévu car on apprend que Pascal n’est pas loin derrière. Avec Hervé on décide de l’attendre. Il arrive et je vois qu’il n’est pas bien du tout : ce n’est pas le Pascal des grands jours, d’ailleurs il ne parle pas, il est tout pâle et il tremble de partout. Il est à la limite du malaise.

Oulà, pas question qu’il fasse la descente comme ça, on appelle la Croix rouge qui le prend en charge. On le laisse, il est entre de bonnes mains et il est temps de repartir.

Il pleut, il fait froid, la descente est dangereuse vers Briançon, j’ai froid, je tremble. Je prends mon temps et fais attention dans chaque virage. Hervé est loin devant. Tant pis…

Mais dans la plaine, je le rattrape et j’ai toujours de bonnes sensations à vélo. Je reste prudent et suis le rythme d’Hervé de loin. Après tout il reste Pallon et Chalvet et tout le monde dit que le plus dur est après l’Izoard.

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(Photo: Valérie Sizun)

Bizarrement je n’ai pas ce ressenti. Je passe facilement Pallon, tellemement facile que je ne vois pas les inscriptions avec nos noms au sol (c’est qui qui a fait ça ?????). 

Hervé est derrière, il reviendra.

Au 155ème km et pendant une pause pipi, un avion de chasse nous double : Nanard. Trop fort, je le laisse partir et me dis que je ne le verrais plus avant l’arrivée. Il a juste le temps de me rassurer et de m’annoncer que Pascal a repris la course.

Et déjà voilà Chalvet : pareil que Pallon. Les sensations sont très bonnes, j’ai même la surprise de laisser Hervé derrière et de revenir sur Bernard qui commence à coincer. Une petite main aux fesses et c’est la descente que je fais sur les freins, pas le moment de tomber.

Me voilà tout heureux de me retrouver dans le parc à vélo en 7h32.

Je suis soulagé d’avoir passé la partie cycliste sans encombre et j’ai même l’impression que ça a été facile.

Petit massage des cuisses, Hervé est là aussi, petit coucou à toute la famille (ça fait plaisir de les retrouver) et c’est parti pour le marathon.

Un 1er tour en 2heures en courant, pas un moment de marche, les bosses passent bien, avec des supporters déchainés quand on les croise (je pense à Alain) et je me dis que le plus difficile est fait. 

Je sais déjà que je serai finisher. Maintenant j’espère tenir en CAP…

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(Photo: Marie Protat)

Malheureusement ça ne tiendra pas beaucoup plus. 23ème, aie ça pique aux cuisses, 24 ça se complique, 25 je marche et monte la bosse vers Embrun avec Nanard, il me lâche bientôt et part avec Pascal qui vient de nous rejoindre, 26 je coure, je marche, 27 je marche plus que je coure , 28ème je résiste encore un peu mais les cuisses me font vraiment très mal, à partir du 30ème, c’est fini, je marche, François P m’encourage mais impossible de repartir, ça fait chier mais je décide de marcher jusqu’en haut de Baratier, j’espère reprendre dans la descente.

Et non les cuisses sont trop dures, au 36ème la Patoche me double aussi, Pierrot n’est pas loin mais n’est pas au mieux aussi et c’est seulement au 39ème que j’arrive à remettre en route.

Pas grave, le but est proche et le boulot est fait, je serai à nouveau finisher, un dernier coucou à la famille et aux amis, un dernier tour de lac et me voilà dans la ligne droite d’arrivée en compagnie de mes 2 enfants, un dernier regard à Val et me voilà finisher de l’ironman d’Embrun.

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(Photo: Valérie Sizun)

Quel bonheur et quelle joie de passer la ligne en compagnie de mes 2 pitchounes.

Et quel chrono !!!!!! Même si je ne courrai pas après, me voilà finisher en 13h37 et 439ème sur 1100 à l’arrivée.

Enorme et encore plus quand on sait que j’avais le dossard 439. J’aurai signé de suite pour un tel classement.

Je retrouve mes amis à l’arrivée : Pascal et Hervé sortent de l’infirmerie. Pat a un coup de moins bien mais après 2 cocas, ça va mieux, Pierrot arrive en gueulant « fais chier, j’ai pas eu mes pâtes en haut de l’Izoard ».

Moi je suis bien et heureux. Je suis finisher.

On attend notre Fredo pour le féliciter et l’applaudir à l’arrivée : super moment.

Un MCDO et un gros dodo.

Le lendemain un bon repas entre potes pour attaquer la récupération, une photo de groupe avec les rescapés et la boucle est bouclée.

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(Photo: Valérie Sizun)

Pour conclure :

Un petit mot sur l’organisation qui pour moi est presque parfaite, avec une très bonne ambiance sur les différents parcours et des bénévoles très sympa.

Un gros bravo à tous les dauphins finisher (Pierrot, Nanard, Fredo, Pascal, Hervé, Fabien, la Patoche et aussi Christian), dommage pour le Prez mais ça fait partie du charme des ironman (j’en sais quelque chose pour l’avoir vécu l’année dernière).

Personnellement je garderai un superbe souvenir de cette course et de la préparation (avec les potes, on s’est bien marré).

J’ai pris énormément de plaisir pendant la course et c‘est ce qui compte.

C’est une course très difficile. J’ai trouvé la montée de l’Izoard la partie la plus dure. Cette course nécessite beaucoup d’humilité (la montagne ne s’apprivoise pas facilement), de patience et demande une vraie préparation. Mais au fond de moi j’espérais que le parcours vélo me conviendrait et je pense que c’est le cas. Je crois même que le jour J, j’avais 7h15 voire 7h dans les jambes à vélo. 

Maintenant je ne regrette pas mon choix d’être resté dans l’allure d’Hervé comme je ne regrette pas d’être resté longtemps (entre 10 et 15minutes) en haut de l’Izoard. Cela nous a permis à moi et Hervé de permettre à Pascal de reprendre des forces et d’éviter le pire dans la descente. Croyez-moi il n’était vraiment pas bien en haut.

Bien sûr, j’ai toujours ce regret de ne pas avoir réussi à enquiller mon marathon entièrement mais je m’en moque car l’objectif était vraiment de le finir. 

Un grand merci aux supportrices, à Colin, à la famille Protat, à tous les fans de la Bretagne et de Landerneau (on en a croisé pas mal pendant la journée), mention très bien à Alain M aussi, à mes parents présents une fois de plus et surtout un grand merci à Val et mes enfants car sans eux je n’y serai certainement pas arrivé.

Et oui donc, ce fut pour moi une douce folie avec les potes, une belle aventure et une belle histoire qui se termine bien et si l’occasion se représente, j’y retournerai volontiers…

Le DOUANIER ou Garde-côtes.