LANZAROTE 2014 : la revanche ? 

Retour quelques mois en arrière : mai 2013 où pendant une certaine compétition je me suis fracturé 3 côtes  pendant la partie natation. 

Quelques jours après la fin de cette course, je reçois un mail de l’organisation me proposant de remettre le « couvert » en 2014. 

Après quelques minutes d’hésitations  , je me dis : « pourquoi pas ?   » 

En effet, Lanzarote est magnifique  , la course est difficile et géniale à la fois et reste une des références dans le monde, l’organisation parfaite et professionnelle, j’ai une petite revanche à prendre et c’est un nouveau challenge pour moi avec une préparation ironman seul. 

Du coup, j’accepte l’invitation de l’organisation et me voilà inscrit pour l’ironman 2014    . 

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Je mets en place rapidement tout ce qui concerne la logistique : résa d’un appartement à Jable, résa des billets d’avion. Mes parents et Ewen m’accompagneront et Val me rejoindra la veille de la course : hors de question de me retrouver tout seul là-bas. 
Je peux rapidement me concentrer sur la préparation hivernale. 

Je passe très vite sur ce sujet. Je reprends le plan d’Arnaud (merci beaucoup  ) et c’est parti. La prépa se déroulera sans de trop gros problèmes. 
Je me focalise énormément sur le vélo car à Lanzarote c’est la partie la plus difficile. Les kilomètres s’enchainent, les heures aussi. Rien qu’en 2014, en 4 mois et demi, je ne suis pas loin de 5000 kilomètres. 
Je me base beaucoup sur les sorties vélo groupe et ma tactique est simple: je pars plus tôt, rejoins le groupe, fais la sortie groupe et je rallonge ensuite pour avoir le compte. 
D’ailleurs merci à vous tous  pour m’avoir accompagné pendant toutes ces sorties vélo. 

Les sensations sont là et le fameux BDT d’Arnaud se passera bien mi-avril : 6 heures de vélo le samedi enchainé le dimanche matin par les 26km du trail de l’aberwrach le dimanche. Tout va bien. Je suis dans le bon tempo  . 

Je peux partir serein à Lanzarote même si je dois avouer que la pression monte petit à petit : au vue des entrainements j’espère faire moins de 11h30 mais la plus grosse question est : comment je vais attaquer le départ natation  ? Cela m’inquiète beaucoup même si je n’en parle pas. 

9 mai : Enfin me voilà sur l’île, il fait très beau et très chaud  . Matthieu Jeannes de Quimper Leucémie me contacte car lui aussi fait la course et vient ici pour gagner un slot pour Hawaï. 

La semaine d’avant course sur l’île se déroule tranquillement, entrecoupée d’entrainements, de visites (jardin des cactus, Timanfaya, Mirador del Rio….), de baignades dans la piscine, de dégustation de glaces SMOOY    ….. 
Que du bonheur, l’île est vraiment magnifique. En plus cette année il fait incroyablement beau et chaud. 
D’ailleurs cela commence à m’inquiéter  car je ne sais pas trop comment mon corps va réagir à cette chaleur et le vent de Nord est toujours présent et toujours aussi fort  . 

Mon dossard (1187) est récupéré le jeudi à La Santa, Valérie nous rejoint le vendredi  et nous sommes à J-1. J’ai hâte à demain. 
Petite dédicace pour le Père Rivoal  qui était en java avec Rosé la veille de la compétition et qui m’a envoyé des textos jusqu’à 2h30 du matin  alors que je me levais à 4h30.…Je crois qu’il avait vraiment peur que je fasse un meilleur temps que lui. 

17 mai 7h du matin : top départ, c’est parti….. Je pars au niveau de la ligne des 1h10. Me voilà dans l’eau, je m’écarte du gros du paquet, c’est bien, je suis seul et pas embêté, le seul problème c’est que je suis au large et que je pense que j’ai dû nager au minimum 400 mètres de plus que les autres  . Pas grave au moins j’évite les coups. Mon temps le confirmera : 37 minutes au 1er tour et je sors de l’eau en 1h14. 
Ouf, c’est fini et je suis intact  . 

Transition moyenne et choix tactique mauvais    : je cours pieds nus avec mes chaussettes et mes chaussures dans les mains, je passe la ligne du chrono et des arbitres et perds 2 à 3 minutes à mettre , debout, mes chaussettes sur des pieds mouillés    

Le vélo se résume simplement par 6h00 à doubler  triathlète sur triathlète. Je me rends compte qu’on est beaucoup plus de compétiteurs (2300 cette année contre 1800 l’année dernière). 
Le vent de Nord est présent voire même trop présent  et il y en aura énormément toute la journée  . 
Je retrouve mes supporters à Téguise, tout va bien, je suis sur de bonnes bases. J’attaque les 2 grosses difficultés avec confiance (les 2 miradors) et je double toujours autant de triathlètes. C’est incroyable. 
Le 1er mirador se passe bien et le 2nd est un peu plus difficile à passer avec beaucoup de vent et des gros nuages. Le plus dur est passé, je descend prudemment (encore des chutes dans cette partie), je profite pour manger mes sandwichs et me voilà dans la partie roulante vent dans le dos, et…..je double, je double et je double  . Tant mieux ça me motive. 
Le retour vent de face vers téguise va faire mal  , très mal  , on est scotché à la sortie du rond-point. Je décide de prendre mon mal en patience. Les coureurs que je double à cette endroit ne sont pas bien du tout et souffrent énormément. 
Ca promets pour la suite. 

Fin du vélo en 6h00 à 30 de moyenne  , je suis content  , j’attaque le marathon avec moins de 7h30 de course. Je suis sur les bases que je me suis fixé. 
Maintenant j’espère courir mon marathon en 3h45 et 4h00 et je serai largement dans mon temps fixé qui est de moins de 11h30. 

Les 1ers pas sont bons, les jambes sont là, un coucou et un grand sourire à la famille   et c’est parti pour la 1ère boucle de 16 km. Il fait très chaud à Puerto Del Carmen  et il y a toujours ce gros vent chaud de Nord  . 
Ca fait du bien de courir normalement sans devoir se tenir les côtes, ça change de l’année dernière. 
Je croise Matthieu J. qui commence à souffrir (il a crevé à vélo et son objectif temps s’éloigne au fur et à mesure que le marathon avance: il espérait faire moins de 9h30 et arrivera finalement en 10h08). C’est là qu’on se rend compte que l’ironman de Lanzarote est très difficile et de la performance d’Arnaud ici à chaque fois    . 

La 1ère boucle se passe bien, je sens un peu mes cuisses mais ça va. Je récupère mon 1er chouchou  , ça fait du bien : 1h20 pour faire mes 16 1ers kilomètres, ça me convient. On doit être à 8h50 de course : parfait. Je suis largement dans mes temps. 
Un coucou à la famille et j’enquille le 2ème tour : chaque ravitaillement un peu de coca, d’eau, et je m’étire les cuisses qui commencent à piquer. 
17ème, 18ème, 19ème, 20ème kilo et là ça devient vraiment très dur  , mes cuisses sont tétanisées  . Je sers les dents et continue à courir comme je peux. Je perds de la vitesse et je vois petit à petit mon objectif temps s’éloigner : FAIS CHIER !!!!!!!!! 
Je mettrais 1h45 à faire la 2nde boucle mais je cours toujours, comme une grosse merde  mais je cours. 
Mon 2ème chouchou, je passe devant la famille une dernière fois, un sourire forcé car je n’ai plus envie de sourire, et leur annonce que les 10 derniers kilomètres vont être longs. Je n’ai plus de cuisses, ce sont des briques à la place…..Je ne peux plus courir, je dois marcher et encore comme je peux. Je me revois 1 an en arrière. 
Très, très gros craquage, dommage     ….. 
Mes cuisses me font trop mal. Tant pis. 
Adieu l’objectif temps, pourtant il est 17h45 quand j’attaque les 10 derniers kilo. 
Maintenant, je serai juste Finisher. Le plus rageant, c’est de voir tous ces triathlètes me doubler : FAIS CHIER !!!!!! Mais c’est comme ça. 
Dernier kilo, et comme l’année dernière, je suis partagé entre la joie de finir et ce goût d’inachevé au niveau de l’objectif temps… 

Je rejoins Val et Ewen et on franchit la ligne ensemble. Un gros bisou, une photo, une poignée de main à Kenneth, une médaille autour du coup, finisher pour la 3ème fois d’un ironman mais sur le coup quand même : une grosse claque avec un temps de 12h20 en 736ème position sur plus de 1900 finishers…… 

Elle est où ma revanche ????? 

Plusieurs questions me passent par la tête : Quoi faire de plus, de mieux ou de moins ? Quoi améliorer ? Est-ce un problème morphologique ? Il est vrai que j’ai de grosses cuisses  ….. 

En tout cas, à ce moment-là il ne fallait plus me parler de triathlons et encore moins d’ironman 

Mais heureusement la famille est là  : une bonne douche, une bonne bière, un bon resto et un gros dodo et tout va déjà mieux  . 

Il faut savoir relativiser les choses : et comme dirait le sermon de l'évêque de Pennsylvanie, Ethelbert Talbot, prononcé à la cathédrale St. Paul le 19 juillet 1908 et repris ensuite par Pierre de Coubertin : 

« Le plus important n'est pas de gagner mais de participer, car l'important dans la vie ce n'est point le triomphe mais le combat ; l'essentiel, ce n'est pas d'avoir vaincu mais de s'être bien battu. » 

J’ai déjà une chance énorme d’avoir pu y participer, on oublie vite ce principe. 

Puis je suis peut-être tout simplement à ma place. 

En tout cas, quelques jours après je suis quand même heureux  car je me suis mis un jour au triathlon pour participer et finir des ironman : aujourd’hui j’en ai 3 à mon compteur  . 
En plus je suis 2 fois finisher de l’ironman de Lanzarote  qui reste une course à part à cause de ses difficultés : météo (vent et chaleur) et parcours vélo…. 
Je sais : y en a qui diront que c'est facile d'être finisher avec des chronos pareils mais croyez-moi, rien n'est facile surtout sur un ironman. 

Alors Je suis heureux.    

Heureux  aussi d’être retourné sur l’île et d’avoir pu y profité avec ma famille  même si il me manquait ma fille  . 

Alors ?????? REVANCHE ??????? 

Non mais merci et encore merci  à Kenneth de m’avoir invité (c’est pas tous les organisateurs d’ironman qui l’aurait fait) et de m’avoir permis d’être à nouveau finisher. 

Merci  à vous tous pour vos encouragements. 

Et un grand, grand merci    à ma famille( mes enfants, mes parents, ma chérie Val) pour leur patience et pour leur énorme compréhension pour toutes ces heures d’entrainements passées loin d’eux, pour ce superbe séjour passé sur l’île en leur compagnie et pour leurs encouragements pendant la course. 

Et dédicace au père Rivoal : Je te nique à VICHY    ……