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Je me suis lancé dans cette aventure pour accompagner mon pote Gaël.  Avec un travail qui me prend beaucoup de temps et des ennuis musculaires à répétition, c'était un pari un peu fou.

La préparation physique de cet événement s'est faite sans plan particulier, en fonction du temps libre que je pouvais trouver. En gros une sortie par semaine en vélo, deux de natation. L'entrainement en course à pied était beaucoup plus aléatoire entre les élongations et les contractures. En août, mes enfants étant gardés, j'ai pu rouler 1OOO km. Par contre je n'ai pu faire quasiment aucune sortie CAP du fait d'une douleur au mollet accentuée par le stress de l’IRONMAN. 15 jours avant la course je suis rentré en boitant après une tentative de footing, le moral dans les chaussettes. Nous sommes partis à Majorque 3 jours avant la course. La femme de Gaël nous a trouvé une grande maison, que nous partagions à sept, idéalement placée à 50 m de la plage, sur le site même de la course. On ne pouvait pas avoir de meilleures conditions d'hébergement.

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La température de l’eau dépassant les 24 degrés, l'organisation de la course a décidé d'interdire les néoprènes. Je me suis rappelé une phrase de Brice qui disait que ce mode de course reflète vraiment le niveau des triathlètes. Les moins bons nageurs ne sont plus aidés "artificiellement". Gaël et moi n'en menons pas large. Le matin de la course, je ne me suis pas senti trop stressé. Pourtant, un troupeau de 2673 triathlètes, ça impressionne quand même.

Je décide de nager en trifonction pour ne pas perdre de temps lors de la transition. 7h35, le départ est donné sous une musique d'ACDC. Ca bastonne forcément plus car tout le monde veut longer les bouées. La bagarre ne me dérange pas. Je prends des coups comme tout le monde. Mes lunettes partent deux fois mais je ne panique pas. J'aperçois des bonnets au fond, des signes de lutte. La première boucle fait 2300m. Lors de la sortie à l'australienne, je ne veux pas regarder ma montre pour ne pas me fixer sur le chrono. Par contre je sens bien mes jambes qui travaillent beaucoup plus qu'avec la combinaison. Au bout de 3800 m je regarde mon chrono : 1H10 !! Whaouw , je suis heureux .Je pensais faire 10 min de plus.

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Transition express sans paniquer d'environ 4 min. Mes cuisses sont un peu lourdes quand même.

Le vélo commence. Je sais que c'est mon point fort. Je double beaucoup de monde. Je m'amuse à regarder toutes les nationalités des autres. C'est drôle, c'est mon championnat du monde à moi. Le parcours est plus vallonné que je ne le pensais. Je n'ai pas de compteur. Je me sens bien. Arnaud m'a dit de ne pas mettre de braquet. Je tourne vite les jambes. Il y a des chutes, des crevaisons. Je crois en ma bonne étoile. Je continue à doubler jusqu'au pied du col. Là je fais une erreur que me coutera très cher. Je ne prends qu'un bidon avant la montagne. Dès les premiers lacets, la chaleur est étouffante. Je monte bien mais je finis mon bidon très vite. Le col est interminable. Je pense aux dauphins qui vont faire Embrun : ils sont fous ! J'espère que la haut, je trouverai un ravitaillement. Personne ne me double. Les gars sont arrêtés. Je me prends pour un grimpeur. D'un coup, les crampes arrivent. Heureusement, j'ai fait le plus dur. Je m'étire doucement en ne prenant aucun risque dans la descente.  Le prochain ravitaillement est encore loin? Je râle sur les organisateurs. Je n'ai plus mes jambes de début de course. Les bidons arrivent enfin, mais très tard. La fin du parcours est monotone, vent de face. Je pense au marathon et je roule plus cool.

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Je termine le vélo au bout de 5h40. Mon temps est bon vu le profil du parcours. Un calcul rapide me fait espérer qu'en parcourant le marathon en 4h00, je peux descendre sous les 11h00. Mais je me rends compte que ma déshydratation dont j'ai souffert dans la montagne a laissé des traces. Mes cuisses sont très lourdes, la partie sera rude et c'est peu de le dire. La température est très élevée. Je tente de partir sur une base de 5'30 au kilomètre. La foule sur le parcours est déchainée. Les espagnols crient "venga campeon!" (vas y champion!) Mon allure diminue progressivement. Je m'arrête aux ravitaillements en m'aspergeant d'eau. Je bois deux verres à chaque fois. Je me fais doubler par tous les coureurs.

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Au 15ème, mes mollets sont durs. Je reste persuadé qu'ils ne lâcheront pas. Vincent m'a dit de prendre du plaisir. Dans une souffrance pareille, c'est quand même difficile. Malgré les encouragements, les lignes droites sont interminables .Je cours comme un zombie. Je ne vois pas le bout. Beaucoup de personnes marchent, ce sont les seules que je double. Beaucoup vomissent où se font littéralement dessus du fait de la chaleur. Après 4 tours infiniment longs, j'entame mon dernier kilomètre. Je sais que je vais terminer mon triathlon. Les filles de notre groupe me hurlent dessus. Je lève les bras au ciel pour la photo. Je pense à mes enfants en levant les yeux. L'arche d'arrivée est devant mes yeux. Le speaker lit "Rustine" sur mon maillot et crie « RUSTINE YOU ARE AN IRONMAN ». 4h42… je suis déçu mais à la fois heureux d'avoir réussi mon plus beau défi de sportif.

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Je ne m'attendais pas à ce que ce soit si dur. C'est vraiment une aventure qui sort de l'ordinaire. Quel pied d'y être arrivé!

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